Musique / Festivals

De mémoire de Kinois, il y avait longtemps que la chaude capitale congolaise n’avait plus vu ça. Lundi soir, devant le Centre Wallonie-Bruxelles, Belges et Congolais, mélangés, faisaient ensemble la fête pour l’inauguration des premières Francofolies de Kinshasa en présence du vice-président du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt (PS). Alors que la francophonie est importante en Afrique, aucun pays n’avait encore accueilli l’événement qui existe déjà et de manière régulière au Québec, en France et en Wallonie, à Spa au début de l’été.

Le défi de la sécurité

C’est d’ailleurs l’équipe belge qui organise, avec un budget de 1,5 million d’euros, ce festival d’une soixantaine de spectacles sur trois sites, dont le théâtre de Verdure sur les hauteurs de la tentaculaire capitale congolaise. Un budget qui permet de faire venir et de loger les artistes à Kinshasa, une ville qui n’a pas une réputation de grande sécurité. "C’est un des défis à relever ici en partenariat avec les autorités congolaises qui n’ont absolument pas l’habitude de ce genre d’événement", confie l’organisateur du festival, Jean Steffens, pour qui les autorités ont fait preuve d’une grande collaboration.

Cette première édition africaine des Francofolies devait normalement avoir lieu en septembre 2014, mais elle avait été annulée en raison de l’épidémie d’Ebola qui sévissait en Afrique à cette époque. "La perception en Europe était très différente et donc nous avons dû annuler, mais nous n’avons pas désespéré et je suis content de voir que tout fonctionne très bien", explique Jean Steffens. "Le Congo, c’est un coup de cœur. Nous aurions pu organiser les Francofolies au Maroc ou au Sénégal, mais je tenais vraiment à le faire ici, j’ai vécu une partie de ma jeunesse dans ce pays. Je suis revenu en 2012 pour le sommet de la Francophonie et il était clair pour moi qu’il fallait le faire ici."

Faire tache d’huile

Jean Steffens compte bien remettre le couvert chaque année à Kinshasa, malgré la situation politique du pays qui devrait, dans les mois et les deux années qui viennent, se compliquer quelque peu. "Il y aura certainement des années plus compliquées que d’autres", conclut-il déterminé à continuer.

Les premières Francofolies de Kinshasa se termineront ce dimanche 13 septembre. Il sera alors temps de tirer les conclusions d’un événement qu’il serait agréable de voir faire tache d’huile dans d’autres pays africains francophones.


Philippe Lafontaine surprend et séduit

Le principe des Francofolies qui fait la part belle aux artistes du cru est respecté à Kinshasa puisque de très nombreux artistes congolais et africains se produiront pendant cette semaine. On citera en vrac Papa Wemba, Bebson de la rue, JB Mpiana, Ferre Gola, Pitcho, Djonimbo, Nkento Bakaji ou encore Fally Iuppa.

Seul avec sa guitare et son répertoire

Un certain nombre d’artistes belges sont également de la partie puisqu’outre Daan et Noa Moon, la soirée d’ouverture était assurée par Philippe Lafontaine, venu seul avec sa guitare et son répertoire revisité. Durant plus d’une vingtaine de titres, le chanteur belge a électrisé le centre Wallonie-Bruxelles. C’est avec "Cœur de loup", "Alexis m’attend" ou encore la très belle "Macédomienne" (Eurovision 1990) que l’artiste carolo s’est rappelé au bon souvenir d’un public surpris et séduit par la force de son jeu de guitare et sa voix toujours puissante. Il manquait peut-être la magnifique "Balade" écrite il y a plus de 20 ans avec Juan d’Oultremont. Moment amusant du concert, lorsque le chanteur rappelle que pour "payer son gaz" il a dû commettre, dans sa déjà longue carrière, quelques morceaux alimentaires. Il part alors dans l’interprétation de "Gini je t’aime", "Pizza Hut" ou "Kellogs". Il terminera par le célèbre "Indépendance Chacha" bien connu des Congolais depuis l’indépendance du pays en 1960, en duo improvisé avec l’artiste local Jean Goubald (qui chantera après lui) qui le rejoint sur scène.