C’est une longue tradition à "Sainte-Gudule" (comme on disait du temps où la cathédrale de Bruxelles n’était qu’une collégiale…) que d’accueillir des artistes et de mettre leur créativité en résonance avec l’énergie spirituelle des lieux. Dans les années 70, les tables ouvertes de l’abbé Jacques Michiels furent le point de ralliement d’une foule d’artistes danseurs, plasticiens, comédiens et musiciens, belges ou étrangers, obscurs ou glorieux, sages ou fous, tous reconnaissants au premier "aumônier des artistes" de leur dédier un lieu symboliquement bien à eux.

La fonction - unique en Belgique - est restée et, c’est aujourd’hui, le frère dominicain Alain Arnould (nommé officiellement par le Cardinal Daneels), qui a repris le flambeau. À la cathédrale des Saints-Michel et Gudule, l’art a donc sa place dans la liturgie, comme l’atteste la série des "messes festives" - chaque dimanche, de fin octobre à fin mai (Pentecôte) -, la Messe annuelle des Artistes et les messes de l’été, célébrées avec le concours de comédiens et de musiciens.

En juillet et août, la cathédrale élargit encore sa mission culturelle à travers un festival "profane" de niveau international, Ars in Cathedrali, rendu particulièrement attractif - pour le public comme pour les musiciens - par l’installation, en 2000, des magnifiques orgues Grenzing.

Après une édition 2012 remarquée pour son haut niveau artistique et son audace, l’édition 2013 poursuit la tendance, avec trois thématiques de référence : Bach, le baroque et le néo-classique. Tous les concerts ont lieu le mardi soir. Bart Jacobs (un des deux organistes de la cathédrale) et les Muffatti ont fait l’ouverture (Bach), suivis du Français Olivier Vernet (baroque français) et de l’Allemande Iris Rieg (néo-classicisme français et allemand).

Ce mardi 30, ce sera au tour de notre compatriote Benoît Mernier, aussi talentueux comme organiste que comme compositeur - son deuxième opéra, "La Dispute", vient d’être créé à La Monnaie. Il jouera des œuvres signées Jehan Alain, Joseph Jongen (peut-être la fabuleuse Toccata op. 104 qu’il enregistra en 2011 ?) et… Mernier, notamment ce "Don des larmes" - "larmes de l’abandon et de la conscience" - qui donne son nom au concert.

La suite du festival permettra d’entendre l’Italien Massimiliano Raschietti, professeur à la Schola Cantorum Basiliensis de Bâle (Bach), Léon Berben, spécialiste de la musique ancienne allemande, titulaire d’un choc du Monde de la Musique (Bach), notre compatriote Arnaud Van De Cauter, dans des œuvres d’Heinrich Scheidemann (baroque), et, en clôture, l’organiste Xavier Deprez et le Brussels Chamber Orchestra, conduits par Nana Kawamura, dans le concerto pour orgue et orchestre de Francis Poulenc, "moine et voyou" (Claude Rostand) rangé, pour la circonstance, dans les néo-classiques…

À l’occasion du festival, le public pourra aussi découvrir l’exposition de Thierry Bosquet : 34 gouaches originales (notre illustration) destinées à illustrer le conte "Le Mystère du Carillon" de Stephen Shank (jusqu’au 1/9).

Martine D. Mergeay

Ars in Cathedralis, chaque mardi de l’été à 20h. Infos : 02.217.83.45 ou 02.219.11.70 ou www.cathedralestmichel.be