Ligeti a rejoint le Grand Macabre

Musique & Festivals

Nicolas Blanmont

Publié le

Ligeti a rejoint le Grand Macabre
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C'est dans la petite ville de Dicsöszentmarton (aujourd'hui Tirnaveni en Roumanie) que Gyorgy Ligeti avait vu le jour le 28 mai 1923 dans une famille juive hongroise comptant parmi ses membres les plus illustres le violoniste virtuose Leopold Auer. Il avait entamé sa formation musicale à Kolosvar (Cluj), toujours dans cette Transylvanie alors hongroise, travaillant d'abord auprès du compositeur Ferenc Farkas, élève de Leo Weiner et Ottorino Respighi et également professeur d'un autre grand compositeur hongrois d'aujourd'hui, Gyorgy Kurtag. Au Conservatoire de Budapest, Ligeti s'était également formé auprès de Sandor Veress, mais c'est sans doute l'oeuvre de Bartok qui l'avait le plus directement influencé au départ, en tout cas dans sa dimension ethno-musicale: ses premières compositions publiées sont, pour la plupart, des arrangements de chansons populaires hongroises et roumaines. Il faut dire que le régime communiste était sans doute peu ouvert aux aspects plus modernes des recherches de Ligeti: professeur d'harmonie, de contrepoint et d'analyse au Conservatoire de Budapest, il quitta la ville lors de l'invasion soviétique de 1956 pour s'établir en Europe de l'Ouest.

Statisme continu

Rapidement, il était entré en contact avec plusieurs personnalités de la scène musicale contemporaine, parmi lesquelles Karlheinz Stockhausen et Pierre Boulez. D'abord perçu comme un théoricien, il avait été invité à donner cours aux fameux cours d'été de Darmstadt mais, très vite, avait été remarqué pour ses propres compositions: «Apparitions» et «Atmosphères», deux pièces orchestrales du début des années 1960 explorant un «statisme continu» et un travail sur les surfaces de timbres en refusant les courants contemporains de l'électroacoustique et du sérialisme. Vinrent ensuite, dans un style qualifié tout au contraire de «haché» les «actions scéniques imaginaires» «Aventures» et «Nouvelles aventures» puis, en une sorte de synthèse, son «Requiem» (1963-1965) qui lui vaudrait une certaine notoriété quand Stanley Kubrick en reprendrait quelques extraits dans la bande sonore de «2001, odyssée de l'espace».

Loin des diktats et du musico-politiquement correct, Ligeti allait peu à peu irriguer sa pensée indépendante dans tous les genres musicaux: grand orchestre («Lontano» en 1967), musique concertante (concerto pour violoncelle en 1966, double concerto pour flûte et hautbois en 1972, concerto pour piano en 1990), musique sacrée («Lux Aeterna» en 1966), oeuvres chorales (Fantaisies d'après Hölderlin et Etudes Hongroises en 1983), musique de chambre (2 éme quatuor à cordes en 1968) ainsi que diverses oeuvres pour piano parmi lesquelles des Etudes parfois demandées aux candidats du Concours Reine Elisabeth.

Ghelderode

Mais ce qui restera peut-être comme une de ses oeuvres les plus marquantes est sans nul doute son seul opéra achevé, «Le Grand Macabre» créé à Stockholm en 1978 sur un livret bien sûr inspiré de la pièce de Michel de Ghelderode mais privé de la dimension poétique de l'oeuvre pour y accentuer au contraire la dimension caustique, Ligeti revendiquant «un monde rabelaisien, plein d'obscénités, sexuelles et scatologiques».

Dans une interview au Monde en 1997, le compositeur résumait assez bien cette philosophie libertaire qui sous-tend sa musique: «Je déteste les partitions trop élaborées où il faut admirer l'écriture plus que la musique. Pour moi, la musique est un phénomène acoustique, et la partition ne sert qu'à communiquer avec les interprètes. Mon propre travail a naturellement évolué au cours des dix dernières années parce que j'ai notamment approfondi des connaissances dans les domaines scientifiques ou ethnomusicologiques qui constituent de longue date mes sources d'inspiration. Cela dit, je suis un dilettante intéressé par toutes les sciences, naturelles, sociales et humaines. Comme une éponge, j'absorbe tout. Mais on ne peut pas considérer que je prends un modèle qu'il soit biologique ou autre.»

© La Libre Belgique 2006

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