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Louise Attaque ne joue plus en défense

CÉDRIC PETIT

Publié le - Mis à jour le

RENCONTRE

Il faudrait pouvoir entendre «A plus tard crocodile», nouvel album de Louise Attaque, autrement que comme le troisième album d'un groupe qui s'est sabordé, il y a cinq ans, ses membres voulant se consacrer à des projets personnels. Pouvoir faire fi de son trophée (de groupe le plus vendeur de l'histoire du rock français), acquis en 1997 avec un premier album dispersé à plus de 2,7 millions d'exemplaires. Oublier les règlements de compte de «Comme on a dit», album d'autocensure et de frustrations. Et jeter une oreille vierge sur ses dix-huit nouveaux morceaux. Une chance: «A plus tard crocodile» balaye l'historique du groupe, truffé de tous les malentendus que peut laisser planer le silence - aux dissensions artistiques répondraient des désaffections personnelles -; y souffle un vent de fraîcheur, dont le son du groupe autant que la voix de son chanteur Gaëtan Roussel avait grand besoin.

Prise de recul

L'aventure Tarmac, pour les uns, Ali Dragon pour les autres, derrière eux, les quatre Louise ont recherché, et trouvé, la naïveté qui les animait avant leur premier album éponyme: «quand on a appuyé sur la touche pause», analyse Robin, le bassiste qui est aussi la main qui signe les visuels du groupe, «l'intention était de prendre du recul pour regarder ce qu'était devenue notre amitié. Il se trouve que, chacun de notre côté, on a continué à faire de la musique». L'enjeu étant aussi, continue Gaëtan Roussel, que «Louise Attaque puisse exister avec la même liberté que celle qui était la sienne. Il était peu question de choisir entre différentes pistes, et de renoncer à l'une ou l'autre. On prend tout et on emporte tout avec nous: les expériences acquises dans d'autres groupes, le fait d'avoir vécu la musique autrement, ce que chacun d'entre nous est devenu en cinq ans». Ne rien s'interdire, donc: la petite Louise a compris qu'elle n'y gagnerait rien, que sa musique n'y gagnerait rien, à s'enferrer dans le refus et l'autocensure. «On est un groupe moral» décrète Félix «et avec le recul, cette morale nous a peut-être posé problème.» «On s'est mis prisonnier», avance Gaëtan «de ce qu'on voulait faire et surtout ne pas faire, au point de refuser des choses qui nous auraient plu».

Libéré de ses propres démons, Louise Attaque entend dès lors se tenir à une ligne de conduite hédoniste: «On jouait en défense, maintenant on veut goûter le moment présent». Sans carcan qui tienne: des instrumentaux («A l'envers», «La valse»), des bribes de morceaux, des chansons de plus de six minutes, le groupe savoure une liberté qui se veut partagée; dans les paroles entre autres, plus suggestives que réellement déclaratives: «On veut surtout laisser de la place à l'interprétation, que chacun puisse y mettre ce qu'il veut, puisse s'y installer, se les approprier».

Réalisés des deux côtés de l'Atlantique, pour partie à New-York, pour l'essentiel dans une ferme du Lubéron, les nouveaux hymnes de Louise Attaque gagnent en nuances ce qu'ils ont perdu de naïveté «frontale». A l'effet porteur d'une production quasi «live», se substitue une lecture par niveaux: «Auparavant, notre son, c'était nous et nos instruments. Ici, on a voulu aller vers une mise en perspective de ses instruments. Comment donner une interprétation optimale de nos instruments? Il y a des éléments qui sont plus en avant, d'autres qui sont plus éloignées; on n'est donc pas obligé de tout recevoir en même temps», commente le chanteur.

Voyage fantasmagorique

Bourré d'influences musicales mondialisées, «A plus tard crocodile», album décomplexé, s'invite ainsi comme un road-movie chanté qui mènerait du Japon («Shibuya Station») à l'Amérique («Manhattan»), du monde latin («Sean Penn, Mitchum») à l'Orient (les violons tziganes de Arnaud Samuel). Et pourtant: «Si c'est un disque de voyage, c'est surtout un voyage intérieur. Tout cela est plutôt fantasmagorique. C'est la force de la musique que de pouvoir exprimer des choses que l'on n'a pas vécues, sinon dans la rêverie». L'essentiel, pour Louise Attaque, étant, comme Roussel le chante dans «Revolver», de «travailler la manière». Le reste, tournées, télés, succès? «Allez, viens je t'emmène au vent...»

«A plus tard crocodile», Bang!

Les 22 et 23 novembre à l'Ancienne Belgique.

© La Libre Belgique 2005

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