Megan Thee Stallion, née Megan Pete, incarne littéralement la bouillonnante scène rap de l’extrême sud des États-Unis. Ce "Dirty South" crasseux et surchauffé, longtemps coincé entre les rutilantes scènes côtières mieux connues sous le nom d’East et West Coast. Culturellement, on parle beaucoup d’Atlanta (Géorgie) depuis une dizaine d’années, nouveau centre gravitationnel du rap US, porté par des piliers comme Outkast, Childish Gambino ou Migos et leur capacité à récupérer le meilleur des deux Côtes précitées, pour le couler dans la lave en fusion.

Megan vient tout simplement de remettre Houston (Texas) sur la carte. À 25 ans, l’imposante jeune femme d’1m78 (d’où le concept de l’étalon, surnom de jeunesse devenu nom de scène) rappe d’abord extrêmement bien. Good News, son premier album publié le 20 novembre dernier dévoile dix-sept brûlots mêlant parfaitement la tradition d’un rappeur-fondateur comme Notorious BIG, et les productions modernes et puissantes typiquement sudistes. Puis il y a ce qu’elle raconte. Qu’on appelle cela féminisme, féminité moderne, confiance en soi ou autre, la rappeuse parle de sa pussy comme les rockeurs vantaient les mérites de leur mojo. L’usage qu’elle aimerait en faire avec ces messieurs suit généralement dans la phrase d’après. Et ces derniers sont magistralement et prestement remis à leur place s’ils envisagent d’en abuser. On peut trouver cela grossier autant qu’on veut, la vérité, c’est que Megan Thee Stallion s’est totalement réapproprié les codes du genre, pour les faire siens. D’aucuns diront qu’elle a eu la chance d’avoir une maman rappeuse qui l’emmenait en studio. Que c’est cette même maman qui a poussé sa fille à poursuivre des études en "administration de la santé" à la Texas Southern University, et qui lui a demandé de retarder le lancement de sa carrière dans le rap, à 14 ans, jugeant ses textes un poil trop explicites. Ça aide d’être bien entourée, mais ça ne suffit pas, dans un milieu où personne ne vous fait de cadeau, et ça suffit encore moins quand vous êtes une femme. En 2019, la maman de la rappeuse est décédée. La même année, celle-ci sortait son premier album quoique non officiel. Aujourd’hui, Megan Thee Stallion figure dans le top 100 des personnes les plus influentes de l’année publié par Time Magazine. Et c’est mérité.