Un ex-collaborateur du King of Pop vient donner une master class à Bruxelles.

Son nom ne vous dit sans doute pas grand-chose, mais son CV parle pour lui. Brad Sundberg est ingénieur du son, et pendant près de 20 ans, il a été le directeur technique de Michael Jackson. Il a notamment participé à la production des albums Bad, Dangerous et History, mais aussi à de nombreux autres projets dans lesquels a été impliqué le roi de la pop.

Plus qu’un collaborateur, il est au fil du temps devenu un ami proche du chanteur avec lequel il a partagé énormément de temps, notamment en studio. C’est aussi lui qui a été chargé de la mise en place de toute l’installation audio et vidéo qui équipait Neverland, le ranch de Michael Jackson à Santa Barbara, en Californie.

Cette expérience exceptionnelle, Brad Sundberg la partage avec les fans de la popstar à l’occasion de conférences qu’il appelle des séminaires. "Le mot a quelque chose de rébarbatif mais j’espère que ce que je fais ne l’est pas", s’amuse-t-il alors qu’il sera de passage à Bruxelles, dans les prestigieux studios ICP d’Ixelles, du vendredi 30 août au dimanche 1er septembre. Les participants auront non seulement l’occasion de découvrir les lieux où ont enregistré Adamo, Renaud, Lady Gaga, Indochine, The Cure et bien d’autres, mais aussi de voir, d’entendre et d’apprendre des choses jusqu’ici inconnues sur Michael Jackson.

Quand avez-vous commencé à travailler avec Michael Jackson ?

Notre première rencontre date de 1984, quand il travaillait sur le projet Captain EO, une attraction de Disney avec un film dont il était la vedette. C’était juste après l’album Thriller et je n’étais qu’un gamin à l’époque. J’étais l’homme à tout faire du studio. J’apportais les cheeseburgers, je lavais les tasses de café, etc. Il m’a intégré dans son équipe et nous sommes devenus des amis très proches. Je l’ai accompagné jusqu’en 2003.

© Brad Sundberg

Comment décrire cette expérience ?

C’est en travaillant avec lui ainsi qu’avec Quincy Jones et Bruce Swedien (l’ingénieur du son principal de Michael Jackson de 1977 à 2001, NdlR) que j’ai appris comment la musique devait être faite. Il était très professionnel et il n’était pas question de drogue. Quand une session était programmée à midi, il était déjà là à 10 heures pour chauffer sa voix. Personne ne fait ça ! Il écoutait les musiciens avec lesquels il enregistrait et il essayait leurs idées même s’il souhaitait que les albums sonnent d’une certaine manière.

Quel est votre souvenir le plus marquant ?

Ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’attention que Michael consacrait à la qualité de sa voix. Au début de notre collaboration, pour la voix principale, il faisait entre seize et dix-huit prises. Plus tard, quand les enregistreurs sont devenus plus puissants, il y en avait parfois jusqu’à quarante ! Il les alignait les unes derrière les autres et chaque prise était parfaite.

On dit qu’il ne savait pas jouer d’un instrument. Comment faisait-il pour transmettre ses idées ?

Il jouait un peu au piano et savait faire quelques accords à la guitare mais son instrument, c’était sa voix. Il faisait tout avec sa voix : la batterie, la basse, les claviers, les guitares, les mélodies. Et nous, on essayait de capter tout cela le plus vite possible pour ensuite travailler le titre.

Lors de vos séminaires, vous évoquez souvent le titre "Earth Song" extrait de l’album "History" (1995). Pourquoi ?

Certaines chansons ont été réalisées très rapidement, mais pas celle-là. Michael a commencé à travailler dessus en 1988, mais elle n’était pas finie dans les temps pour Bad. Elle est finalement revenue pour History. C’est amusant de constater qu’il existe des chansons que Michael avait commencées bien avant qu’on se rencontre et que nous avons finalisées ensemble. Il y en a une qui s’appelle "Don’t Be Messin’ ’Round" qui revenait sans cesse quand on travaillait sur un album ou un projet (Michael Jackson l’a commencée en 1986 et elle n’a été publiée qu’en 2012 sur la réédition de Bad, NdlR). Quand il disait : si on retravaillait sur "Messin’ ’Round", on se regardait tous avec un sourire en coin, car nous avions entendu ce titre si souvent… Il était comme ça, il voulait continuer à peaufiner cette chanson pour qu’elle soit comme il la souhaitait, peu importe que nous l’aimions ou pas.

Brad Sundberg, aux studios ICP (Ixelles) les 30 août et 1er septembre. Infos : https://www.icpstudios.com/


"Michael s’est mis dans des situations qui lui ont été préjudiciables par la suite"

La question fâche, mais il est impossible de ne pas aborder la polémique ravivée par le documentaire Leaving Neverland quand on a l’occasion de s’entretenir avec un vrai proche de Michael Jackson. Brad Sundberg le sait et il ne l’esquive pas. "Je n’ai pas vu le film et ça ne m’intéresse pas de le faire, précise-t-il d’emblée. J’ai la conviction que le Michael que j’ai connu et côtoyé pendant près de vingt ans est totalement incapable d’abuser d’un enfant. J’ai été chez lui, dans sa chambre, dans sa salle de bains, dans ses voitures, un peu partout. Est-ce qu’il a parfois pris de mauvaises décisions ? Certainement ! Il s’est lui-même mis dans des situations qui lui ont été préjudiciables par la suite. Mais que pouvait-on y faire puisque c’étaient ses décisions ?"


Brad Sundberg, aux studios ICP (Ixelles) les 30 août et 1er septembre. Infos : https://www.icpstudios.com/