Deuxième finaliste de la soirée, le Japonais Narita Tatsuki, 20 ans, laisse le passage à la pianiste Márta Gondény avant que tous deux saluent en se donnant la main Comme Shin et Sato, entendus en début de soirée, ils jouent la sonate n°3 de Brahms et, cette fois, contrairement à la tradition, le violoniste n’a pas de partition.

L’allegro est abordé dans un climat serein : violon aux sonorités pures et peu vibrées, piano plus classique que romantique, conduite élégante, c’est un Brahms raffiné et intérieur qui s’offre à l’écoute, l’adagio - conclu sur un rallentendo prolongé -, en deviendrait un peu distant.

Même option pour le 3e mouvement - qui semble pourtant ne durer qu’un éclair - et pour le finale, noté "presto agitato" mais qui restera inscrit dans un climat de clarté et d’équilibre à l’opposé de la version fiévreuse proposée par Shin Hyun Su deux heures plus tôt.

Le concerto de Sakai Kenji continue à bonifier, d’autant que Tatsuki s’y engage avec toutes sa puissance et son intelligence et, tant qu’à poursuivre la comparaison avec Shin Hyun Su, c’est par la construction et la dynamique plus que par le jeu des timbres qu’il trouve sa place dans cette "symphonie avec violon obligé", en joyeuse connivence avec Gilbert Varga. Quant au concerto, il a choisi l’un des plus brillants de tous : le concerto n°1 de Paganini, tout imprégné du charme belcantien et débordant de joyeuses acrobaties. Mais pour l’heure, c’est dans le recueillement que le violoniste écoute la ronflante ouverture

Dès son entrée, il annonce la couleur : tempos vifs, sonorités de lumière, art du chant - indispensable pour faire vivre cette partition de pure virtuosité. Une virtuosité dans laquelle le musicien se sent chez lui, dans la légèreté, la classe et ce mélange d’énergie et de grâce juvéniles qui caractérise tout ce qu’il touche. Excellent contrôle de l’archet, justesse, maîtrise de soi, détente : le premier mouvement prend fin sur une cadence éblouissante (le public est tellement excité qu’il parle à la reprise de l’orchestre, comme après un solo de jazz ). Superbe adagio, à la fois simple et expressif, avant le rondo final, abordé - et soutenu - à vive allure : une merveille d’aisance et de contrôle; et si les harmoniques sont parfois courtes, l’ensemble est d’une pureté scintillante, rehaussée de trouvailles stylistiques réjouissantes. Une prestation digne des plus grands. Standing ovation.