Musique & Festivals

Le singer-songwriter canadien a livré une prestation sublime, au Sportpaleis, ce mardi soir. 

A 73 balais, avec son parcours phénoménal et son répertoire colossal, Neil Young n’a évidemment plus rien à prouver, sauf qu’il est toujours là et bien là. Il l’est. Une fois encore, le Canadien en a fait une brillante démonstration au Sportpaleis d’Anvers, mardi soir. Hey hey ? Rock’n roll is here to stay !

Après quelques dates comme pour s’échauffer aux States, Neil Young a abordé l’Europe fin juin avec son groupe favori du moment, Promise of the Real. Cela ne veut pas dire que le Crazy Horse est consigné au box, on les a encore vu, Neil avec Billy Talbot, Ralph Molina et Nils Lofgren, donner quelques concerts à Winnipeg en février, comme ça, pour se réchauffer... Mais voilà, pour l’heure, c’est le groupe formé par Lukas Nelson qui préside à cette tournée. Lukas, né à la Noël 1988, ainsi que son frère cadet Micah, guitariste et fils de Willie Nelson comme lui, font figure de jeunots à côté de pépère, mais ils ont déjà bien intégré le code vestimentaire : chemise a carreaux ou T-shirt fripé.

Liquette quadrillée et T-shirt noir maison en coton bio vendu 35 euros au stand merchandising à l’entrée du Sportpaleis, le Loner est fidèle à lui-même. Sous son chapeau informe émerge un buisson de rouflaquettes. Le tout tient sur des chaussures de sport-rando improbables, qui assurent une réelle stabilité à ses vieilles quilles. Il en faut bien, avec l’éruption musicale qui se prépare.

Sa guitare est un fusil

Dans un Sportpaleis aux tribunes pas pleines mais au parterre bien garni de fans en fusion, Neil Young a déployé un concert à la structure somme toute traditionnelle : une première partie électrique, une passe de quelques titres acoustiques et puis on remet la prise pour un final endiablé. Dans son album BBH75, le regretté Jacques Higelin se demandait : « Est-ce que ma guitare est un fusil ? » Celle du vieux Neil l’est, surtout sa sacro-sainte Old Black, cette Gibson Les Paul qui est là dans tous les grands moments.

Avec ses trois accords à la « Satisfaction », des Stones, « Mr Soul », un titre de l’époque Buffalo Springfield, lance les hostilités. Manche au clair, la Old Black hurle, mugit, gémit, chuite, beugle, se tord de douleur et de plaisir à la fois. C’est là qu’on voit que les Promise of the Real sont peut être des gamins, mais pas de la bleusaille. Pas de coup de Trafalgar pour les enfants Nelson, qui ont du répondant et font un fameux boulot après de Young. On le verra encore souvent pendant ces 2h30 de musique, notamment sur « Cinnamon Girl », un chanson, comme bien d’autres, d’un temps où ils n’étaient pas nés.

«Datant de l’album « Everybody Knows This Is Nowhere », le deuxième album solo et premier chef-d’oeuvre d’une longue série, « Cinnamon Girl » est typique de son auteur compositeur. Quatre accords ascendants, autant en descendant, et le tour est joué. Ces chansons à la Young ont tout pour devenir des hymnes et ouvrir à de longs développements de guitare, l’essence même de l’art youngien. Sur des tempos mi-lents (ou mi-rapides selon le point de vue), cela prend vite une allure entêtante confinant à fascination hypnotique.

Il en avait inauguré le principe avec « Everybody Knows » justement : une chanson de Neil Young a besoin d’espace-temps. Mardi soit à Anvers, 20 titres ont été joués sur deux heures trente, ce qui fait sept minutes et demie par chanson. En moyenne…

Des chansons qui parlent pour lui

Au long de ce concert, on entendra beaucoup de chansons d’amour, « Over and over », « Love to Burn », « When You Dance, I can Really Love ». A chaque fois, une petite enseigne lumineuse avec Love en lettres rouges s’éclaire. A part les écrans latéraux, maquillés en vieilles téloches à tube cathodique, le décor est réduit à sa plus simple expression : un buste de chef indien que Neil trimballe toujours avec lui en tournée, comme un fétiche. Pour lui, l’essentiel, sa raison d’être là, c’est la musique, point barre. Il y en a qui aiment que le chanteur raconte des histoires, sa vie, des blagues, fasse son show. Neil Young, son show, c’est lui. On l’entendra juste demander au public, comme à chaque concert, « How are you doin’ ? »

Pas causant pépère, ses chansons parlent pour lui. « On the Beach », « From Hank to Hendrix » ou le poignant « Old Man », écrit quand il avait 27 ans : les quelques morceaux en acoustique, guitare sèche et harmonica, rappellent le temps où Neil était un troubadour folkeux fasciné par Bob Dylan, avec lequel il va jouer le 12 juillet à Hyde Park, à Londres.

Et puis c’est parti pour un final de folie, lancé par le très parlant « Fuckin’Up », suivi de l’accusateur « Cortez the Killer ». Les hymnes rock « Hey Hey, My My (Into the Black) » et « Rockin’ in the Free World » emportent la salle au comble de l’excitation. Même si sa voix de ténor n’atteint plus les sommets d’antan, même si on l’a déjà vu encore plus fou, plus échevelé, Neil Young reste le musicien absolu, l’un des derniers porte-drapeaux d’une contre-culture qui s’étiole. Même pas fatigué après plus de deux heures. Et quelle belle façon de dire au revoir que « Roll Another Number » (for the Road) », très inspiré, avant une petite danse du groupe, sautillant en rond comme des sportifs après un bon match. Un match brillant en l’occurrence.

Setlist: 

Mansion on the Hill

Over and Over

Mr. Soul

Love to Burn

The Loner

When You Dance, I Can Really Love

On the Beach

Unknown Legend

From Hank to Hendrix

Old Man

Are You Ready for the Country?

Long May You Run

Fuckin' Up

Cortez the Killer

Cinnamon Girl

Danger Bird

Hey Hey, My My (Into the Black)

Throw Your Hatred Down

Rockin' in the Free World

Rappel:

Roll Another Number (For the Road)