La chanteuse française a mêlé rock, jazz et chanson, mais n’a pas invité sur scène le chanteur de Rammstein, ce jeudi aux Francos. Contrairement à ce que disait la rumeur. 

Rien de tel pour lancer un festival qu’une petite rumeur bien sentie. Jeudi matin, plusieurs médias annonçaient la possible venue à Spa de Till Lindemann. Aussi improbable que cela puisse paraître, le frontman de Rammstein goûte à la musique et aux textes engagés de Zaz. Entre deux brûlots métalliques, il aurait même enregistré un duo avec la chanteuse tourangelle, et serait donc tout à fait disposé à venir pousser la chansonnette avec elle.

Pas un Till à l’horizon

Géographiquement, c’était jouable, Rammstein se produira au Luxembourg ce samedi et ne donnait aucun concert jeudi soir. Le grand Till aurait tout à fait pu faire le déplacement et se glisser félinement entre la guitare et la contrebasse de Zaz pour dynamiter son show avec son timbre chaleureux. Même l’organisation du festival, trop heureuse d’avoir un buzz en or pour sa tête d’affiche du jour, jugeait l’information crédible, dans la matinée.

Mais sur le coup de 22h45, c’est la déception : pas un Till à l’horizon. On imaginait tellement bien le Berlinois crasseux entrer sur La danse des éléphant, danser en bottillons sur Ma valse, se faire engueuler par sa cadette sur Pourquoi tu joues faux ?, et faire cramer le claviériste par réflexe. Tout n’est pas perdu, les fans Luxembourgeois du groupe auront peut-être le bonheur de voir Zaz monter sur scène avec Rammstein, samedi soir, pour un Du Hast ouvert et tolérant adressé aux citoyens du monde, mais cette rencontre ne se fera pas à Spa.

© Alexis Haulot

Que reste-t-il ? Et bien Zaz, son décors lunaire et ses (excellents) musiciens. Lorsque la chanteuse fait son entrée avec son gigantesque sourire aux lèvres, elle nous énerve déjà. Comme un certain nombre de nos contemporains, nous adorons détester Zaz, son militantisme de boulevard, cette surexcitation chronique qui lui donne un goût de cuberdon trop sucré. Mais nos a priori se heurtent rapidement à la réalité, et avant toute chose, à sa voix. La Française a du coffre, passe sans trop de problèmes du rock au jazz bon teint, et parvient à capter l’attention d’un public relativement apathique.

Le côté « Je suis la porte-voix des opprimés » reste un poil irritant. Zaz en fait trop, tout le temps, mais musicalement « elle fait le boulot » avec le charisme et le show d’une réelle tête d’affiche. Qué vendra, Je veux et On ira font toutes leur petit effet. La foule n’est pas en délire, mais « c’est jeudi » nous lance un festivalier « laissez le temps aux gens de se chauffer ».

© Alexis Haulot

Dionysos était pourtant le client idéal pour dérider les gens, en fin d’après-midi. Aussi hyperactif que Zaz, Mathias Malzieu joue avec son audience dès son entrée en scène à 18h. Le petit bonhomme se jette avec plus ou moins de succès dans le public de la scène Proximus, dispense son rock onirique avec un bonheur communicatif, et nous ramène en pleine adolescence. Trois heures plus tard, il est suivi par une autre vieille gloire : l’ami Gaëtan Roussel, qui dynamita durablement la chanson française avec Louise Attaque dans les années 90, avant de se lancer en solo et de prendre un virage pop.

© Alexis Haulot

Comment souvent, dans ces cas-là, les nouveaux titres ne suscitent pas un enthousiasme béat. Il faut attendre L’invitation pour que les badauds chantent, et Léa en fin de concert pour ressentir un peu d’émotion. « C’était pas comme ça aux Francofolies de La Rochelle » lance-t-il, taquin. Gaëtan rigole, mais il a raison, Spa était assez léthargique ce jeudi. Dommage que Thérapie Taxi ait annulé, la méthode musclée aurait été intéressante à observer, mais avec Glauque, L’Impératrice, Hubert Lenoir (qui jouera donc deux fois sur le week-end) et Orelsan, nous avons largement de quoi nous sustenter.

© Alexis Haulot