Beaupain et Katerine : deux styles, pour le moins tranchés

Entre Blondy Brownie, Alex Beaupain et Katerine, il y a un monde que tout sépare. C'est le propre d'un festival de proposer plusieurs noms à l'affiche d'un même soir dans une même salle.

Marie-Anne Georges
Beaupain et Katerine : deux styles, pour le moins tranchés
©REPORTERS

Samedi soir au Cirque royal, l'affiche des Nuits Botanique était pour le moins contrastée. 

Entre Blondy Brownie, Alex Beaupain et Katerine, il y a un monde que tout sépare. C'est le propre d'un festival de proposer plusieurs noms à l'affiche d'un même soir dans une même salle. Cela donne parfois, entre deux sets, des jauges de remplissage différents, certains spectateurs ne se déplaçant que pour un des artistes à l'affiche.

Le chanteur français Alex Beaupain, auteur d'un élégant et touchant 5e opus, « Loin », aura beau, à la fin de sa prestation, trouver un thème commun – la mort et, au-delà, le deuil sous toutes ses formes - entre son univers et celui de son comparse Katerine, on relèvera qu'entre la sensibilité tout en fragilité de l'un et les délires de l'autre, l'acclimatation n'a pas été, en ce qui nous concerne, évidente. Alors que le public, lui, pouffait, presque à chacune des répliques déjantées de l'auteur compositeur interprète de 47 ans, humour second degré il va sans dire.

De l'humour, Beaupain n'en manque pas, qu'il distille entre les morceaux, histoire, peut-être, de désamorcer le trop plein d'émotion qui habite certains de ses textes. Ce soir-là, il est un peu malade. Or comme il dit posséder une demi-voix, le voilà « avec un quart de voix d'une demi-voix ». Disons qu'il a la voix quelque peu cassée, ce qui a son charme aussi. Sur cette nouvelle tournée, il a voulu jouer d'un instrument – le piano - pour se trouver au même niveau que ses musiciens – et ne pas être trop souvent seul sur le devant de la scène. Sur l'album, déjà, « Je te supplie » était un bouleversant piano-voix-violoncelle. Sur scène, cette supplique qu'il adresse à sa fiancée disparue est tout aussi forte. Pour la scène, Beaupain a gardé Valentine Duteil (cordes) et Victor Paimblanc (guitare) et a recruté deux nouveaux musiciens, histoire de bien installer la couleur pop qu'il veut dorénavant donner. Le combo fonctionne à merveille.

Alex Beaupain est aussi un chanteur engagé. Avant d'entamer « Au départ » (« Pourquoi battait mon coeur », 2011) qui trace un parallèle entre l'histoire de la gauche en France et celle d'un couple, il fait part, sur le ton de l'ironie, des trois semaines difficiles qu'il vient de vivre à cause de son homonyme « Baupin », tout en ponctuant que ce n'est pas la première fois qu'il est déçu par un homme politique de gauche...

Philippe Katerine fait une entrée théâtrale très remarquée, tout de lurex turquoise et manteau de fausse fourrure. Il est accompagné par sa pianiste, Dana Ciocarlie, qui va se révéler particulièrement virtuose. Plus il est faussement grossier (ou vraiment, peut-être), plus le public l'acclame. Nous sommes en plein burlesque et le bouffon régale les convives. L'homme vient de sortir un nouvel album, « Le film », plus intime. Sur scène, il n'a pas oublié les tubes qui ont fait sa renommée, « J'adore » et autre « Je coupe le son ». A un certain moment, le Cirque royal en configuration réduite résonne des aboiements sollicités par celui qui, sur scène, s'est construit un personnage. Ses injonctions, heureusement jamais outrancières, sont suivies au pied de la lettre. Une vraie catharsis.