Cyniques et tragiques, l’histoire de "Brundibár" et le contexte dans lequel cet opéra pour enfants a été créé ne peuvent laisser indifférent. Elue comme projet "familles" du Festival de Wallonie, l’œuvre du compositeur tchèque-allemand Hans Krása se jouera pour la première fois ce dimanche à Bruxelles, à Flagey, puis voyagera tout l’été de Namur à Charleroi en passant par Marche, Stavelot, Tournai, Liège, etc. La dernière représentation se donnera à nouveau à Flagey le 23 novembre. Sur scène, un chœur de 16 enfants, souvent déjà initiés à la musique et choisis lors des auditions qui ont été données dans toute la Wallonie.

Symbole de la résistance

Trop peu connu du grand public, "Brundibár", symbole de la résistance du ghetto, écrit en 1938 par Adolf Hoffmeister, fut interprété pour la première fois le 23 septembre 1943 par les enfants déportés du camp-ghetto de Theresienstadt (Terezín, en tchèque), en Tchécoslovaquie, un lieu mirage que les Allemands exhibaient, faisant croire au reste du monde qu’ils traitaient bien les enfants juifs et les intellectuels, leur offrant même des loisirs culturels. Et allant jusqu’à déporter de nombreux prisonniers à la veille de la visite de la Croix-Rouge pour faire croire qu’à Theresienstadt, on ne manquait pas d’espace…

Parabole joyeuse célébrant le courage, la bonté, la solidarité et l’amitié entre les peuples, "Brundibár" a été joué une cinquantaine de fois entre 1943 et 1944 par des enfants du camp de Terezín. Chacun d’entre eux avait une doublure car tous, ou presque, étaient finalement déportés à Auschwitz avec les conséquences que l’on sait.

Enlever l’étoile

"Engagé" comme directeur de la section musicale de l’organisation des loisirs en 1942, Hans Krása a voulu monter cet opéra pour échapper à l’horreur qui l’entourait. Jouée dans ce contexte-là, l’œuvre a pris une autre dimension. Comme les deux enfants pauvres qui doivent acheter du lait pour leur mère malade, ceux de Theresienstadt savaient ce que voulaient dire la faim, la violence, la peur et les humiliations permanentes. L’opéra, cependant, était relativement joyeux, en tout cas moins sombre que le reste, et tout le monde voulait le voir. Pour les enfants chanteurs, c’était aussi l’occasion d’enlever enfin leur étoile jaune.

La fable reprend les éléments des contes d’Hansel et Gretel et des Musiciens de Brême. Pour gagner l’argent réclamé par le laitier, les enfants décident de chanter dans la rue comme l’ogre Brundibár, Hitler en réalité, qui jouait de l’orgue de Barbarie, cet instrument étrange qui broie le papier.

Quant à l’opéra, il est adapté aux instruments disponibles dans le camp ghetto : flûte, clarinette, guitare, accordéon, piano, percussions, violons, violoncelles, contrebasse. "Ecrite pendant l’entre-deux-guerres, explique Patrick Leterme , directeur musical , la musique est tiraillée entre l’héritage post-romantique, le cabaret berlinois, quelques résidus de valses viennoises et même, dans les chansons courtes, une certaine influence de l’est et de ses mélopées. Si l’histoire de cet opéra est intéressante, l’œuvre en soi l’est également. Il importe de le rappeler. Hans Krása ayant été déporté en 1944, elle tombera bientôt dans le domaine public et sera sans doute plus souvent jouée."

Vincent Goffin a opté pour une mise en scène simple et très contemporaine. Juste quelques caisses pour la leçon de gymnastique matinale - qui ressemble presque à un cours de step - ou pour aider les enfants à se grandir lorsqu’ils endossent le rôle d’adultes puisqu’ils jouent tous les protagonistes. Et pour mieux soutenir encore ce chœur d’enfants qui sera sans doute émouvant, l’ensemble instrumental sera sur scène avec Patrick Leterme au piano et à l’accordéon.

Bruxelles, Flagey, le dimanche 29 juin, à 11h. Puis à Namur, Marche, Stavelot, Tournai, Charleroi, Liège, Verviers et à nouveau Bruxelles. Infos : www.festivaldewallonie.be