Avec l’inusable “Bohème”, l’Opéra de Liège conjugue une fois encore excellence musicale et vocale avec lisibilité et traditionalisme théâtraux. Coup de chapeau d’abord à l’orchestre, galvanisé une fois encore par la baguette raffinée de Paolo Arrivabeni : constamment soucieux de la transparence de la pâte orchestrale, le directeur musical de l’Opéra royal de Wallonie excelle dans la construction des crescendos dramatiques, mais sans jamais forcer le pathos.

La distribution entendue vendredi emporte également l’adhésion : un Rodolfo clair et solaire à la projection aisée (Gianluca Terranova, déjà apprécié la saison passée en Duc de “Rigoletto”), une Mimi séduisante et émouvante tant scéniquement que vocalement (Patrizia Ciofi, voix un peu moins rayonnante mais fiable, habile à cacher quelques faiblesses et scéniquement très crédible), sans oublier la Musetta de Cinzia Forte (même si le personnage reste ici un peu superficiel), le superbe Schaunard de Laurent Kubla, le Marcello expérimenté de Ionut Pascu ou le beau Colline d’Alessandro Spina).

Ni sens ni contresens

En transposant l’action dans le Paris de l’après-guerre, Stefano Mazzonis renouvelle un peu l’imagerie sans toutefois créer de sens (ni, on s’en réjouit, de contresens).


Mêlant, en noir et blanc ou en sépia, photos et éléments de bois et carton en trois dimensions, les décors de Carlo Sala ne convainquent pas vraiment. Certes, le placement en hauteur de la mansarde des quatre amis permet aux chanteurs de projeter leurs voix dans toute la salle, mais l’espace est restreint et les contraint à chanter plus souvent alignés qu’en interaction véritable.

Les changements à vue entre les actes s’avèrent en outre un peu longs (on revient au niveau du sol pour le café Momus et la barrière de l’enfer), les enfants sont contraints de chanter derrière une toile et on comprend mal pourquoi les châssis de la mansarde montent et redescendent des cintres. Et surtout pourquoi Rodolfo s’y agrippe pour pousser son cri final plutôt que de se jeter sur le corps de sa bien-aimée.


>> Liège, Théâtre royal, jusqu’au 26 juin. Infos & rés. : 04.221.47.22, www.operaliege.be

>> Diffusion en direct le 23 juin à 20h sur culturebox.francetvinfo.fr