Musique & Festivals

"On était un peu naïfs" se remémore Gilles De Decker au téléphone. "Nous avions un projet, beaucoup d'enthousiasme… et moins de monde qu'attendu." Quand il inaugure Paradise City sur le site magnifique du château de Ribaucourt (Steenokkerzeel, Brabant flamand) en 2015, ce "francophone de Flandre" élevé entre Bruxelles et Anvers a un concept clair : créer le festival le plus éco-responsable possible.

Le cadre est vert, les gobelets réutilisables et le covoiturage encouragé. Mais les étudiants ne défilent pas encore dans les rues pour sauver le climat, et la thématique suscite encore un léger scepticisme chez certains. Pour répondre aux rageux qui n'y voient qu'un argument marketing de plus pour se démarquer de la concurrence, Paradise City met en place une navette électrique depuis le centre de Bruxelles, bannit la viande dès 2016, loue des tentes recyclées à ses festivaliers, et installera cette année une "brasserie 2050" dont tous les plats sont conçus sur base des enjeux alimentaires à long terme.

© Fille Roelants

La sauce finit par prendre, le concept se peaufine et l'assistance passe progressivement de 5000 à 23.000 personnes sur l'ensemble du week-end. "Le discours vert touche beaucoup plus de gens qu'à l'époque" estime Gilles De Decker. "On voit désormais des gens venir pour notre approche écologique, soutenir la démarche. On ne va pas changer les comportements comme ça, mais on peut sensibiliser nos festivaliers. La thématique écologique fonctionne si elle est économiquement intéressante ou si elle est branchée, selon moi. Nous, on veut la rendre branchée." 

Même conscientisée, une bonne partie du public vient encore et toujours pour la musique. À ce niveau-là aussi, Paradise City tient la route. Face à une tendance générale à programmer une techno sombre et lourde, très à la mode depuis l'explosion des Charlotte De Witte et autre Amelie Lens, l'écofestival mise sur "une programmation dansante, mélodieuse, chaleureuse". En cinq ans, on y a donc vu défiler HVOB, Black Strobe, Marek Hemman, Christian Löffler, Pional, Red Axes, Patrice Baümel, Acid Arab, quantité de découvertes locales, et quelques mythes comme Laurent Garnier, venu jouer les têtes d'affiche l'été dernier.

"Le booking en Belgique est complexe parce que la concurrence est terrible" poursuit Gilles De Decker. "On ne peut pas rivaliser budgétairement avec les grosses machines, mais notre réputation nous permet désormais d'attirer des artistes comme Laurent Garnier ou les 2ManyDJ's cette année." Elargi à trois jours depuis 2017, le festival programmera, entre autres, les 5,6 et 7 juillet prochain, Adriatique, &Me, Dixon, John Talabot et Mind Against, mais aussi L'Impératrice, Stavroz, Todd Terje ou Skatebard. 

"On a une scène live, de la disco napolitaine, de la pop française, de l'afrobeat, et 50% d'artistes belges" conclut l'organisateur. Pour contrer l'élargissement du public, une quatrième scène a fait son apparition et d'autres changements ont été annoncés. Les billets, eux, se vendent toujours à 59 euros la journée et 109 euros les trois jours.

Paradise City, château de Ribaucourt (Perk, Steenokkerzeel) du 5 au 7 juillet 2019. www.paradisecity.be

© D.R.