Nous n’attendions plus rien de Franz Ferdinand, pourtant, ce vendredi, les Ecossais ont livré l’un des meilleurs concerts d’une journée chargée qui comptait également Stormzy, Sharon Van Etten, Jon Hopkins et James Blake.

Toute personne un peu sensée vous rirait au nez si vous tentiez de lui faire croire qu’ERA déclencherait un mouvement de foule en 2019 en-dehors du marché médiéval du Cinquantenaire. Pourtant, ce vendredi après-midi, au fin fond d’Hasselt, plusieurs milliers de jeunes Flamands se mettent à cavaler vers la Main Stage du Pukkelpop lorsque résonnent les voix emblématiques de d’Ameno.

© JC Guillaume

Médusés, on pense à un court-circuit, une erreur de playlist, un challenge Facebook ou une vieille blague d’ingé-son, quand débarque un Hollandais d’une petite vingtaine d’années affublé d’une épée et d’une tenue de chevalier. « C’est quand même une autre culture » nous lance un festivalier hilare « ces flamands sont dingues ». Joost est dans la place, et lance le festival en force avec ses gros beats gras, son rap néerlandais et son autodérision maximale, sous les « hourra » d’un jeune public en délire.

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Stormzy doit halluciner aussi en voyant le gaillard chargé de chauffer la foule pour lui. On se demande même si le rappeur Grime le plus prometteur du Royaume-Uni n’est pas plié de rire en repensant au blondinet, lorsqu’il entre en scène à son tour avec un sourire radieux.

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Torse-nu, costaux, joyeux, le Londonien fait dans la démonstration de force. Son flow est sec, son phrasé rapide, ses mots aussi tranchants qu’une lame de sushi master japonais et son charisme soufflant. « Quelle meilleure façon de clôturer cette tournée que d’être ici avec vous » lance l’imposant bonhomme entre deux punchlines. Le plaisir est pour nous, vraiment, rarement concert de rap aura été aussi intense. Armé en tout et pour tout de son micro, son beat maker et son petit pantalon de training, Stormzy enchaîne les titres de son premier album et couvre toute la pleine de sa voix puissante. Il nous faut bien une petite heure pour nous en remettre et filer admirer Sharon Van Etten.

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Autre ambiance, autre style, même puissance. La belle Américaine qui vient de sortir l’excellent Remind Me Tomorrow nous extrait de la plaine pour nous plonger dans un autre monde, son monde de folk rock sensuel et intense porté par sa voix délicieusement envoûtante. En comparaison, l’ami Loyle Carner est un peu plat et les affreux de Raketkanon un poil trop agités. « On ne va quand même pas aller se taper Franz Ferdinand » se dit-on en rigolant. Take Me Out nous sort tellement par tous les pores qu’on préférerait encore aller assister à un Team Building de la NVA ou un atelier « confection de drapeaux flamingants » avec Peter De Roover.

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Et pourtant, sous la pression populaire, nous voilà devant Alex Kapranos et cie. L’Archiduc en chef a délaissé sa teinture blonde, sorti le costume de rigueur, et saute dans tous les sens devant les visuels colorés du groupe. La gloire de Franz est passée, mais les Ecossais ont le mérite d’avoir cherché à se renouveler sur un dernier album plus électronique que rock’n’roll (Always Ascending, 2018), qui plonge d’emblée le Marquee dans une ambiance disco. On ne saute pas encore de joie, mais lorsque résonnent les premières notes de Dark Of The Matinee, nous sommes bien les seuls.

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Kapranos est intenable, les vieux titres du groupes qui nous horripilaient il y a encore quelques années nous replongent quinze ans en arrière, et ont acquis cette saveur particulière empreinte de nostalgie. Do You Want to et Walk Away enfoncent le clou, le public chante, danse, crie, sourit, et le Luna Park géant qui sert de décors au quintet, se mue en joyeux mémorial.

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Bon, il faut bien passer par Take Me Out, mais l’ambiance est telle qu’on se surprend à sauter avec la foule, avant de se s’abandonner totalement sur un This Fire d’anthologie. Franz Ferdinant était grand ce soir, on se demande même s’ils n’ont jamais été aussi bons. Nous voilà dans les meilleurs conditions pour aller danser sur Jon Hopkins et James Blake, deux des plus fines gâchettes du Royaume-Uni, dont la domination était incontestable, ce vendredi.

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