Si la troisième journée n'avait finalement vu que Sleaford Mods sortir la grosse artillerie, et après l'avalanche de la veille rayons hip hop et r'n'b, les guitares étaient pour une fois de sortie au Pukkelpop ce vendredi. Celles de régionaux de l'étape Double Veterans pour ouvrir la soirée tout d'abord, dans une Wablief?! enfumée tout acquise à leur cause. Un trio garage crasseux comme on les aime, qui pousse depuis quelques années au grand air du Limbourg et semble enfin prêt à exploser. On songe souvent aux Italiens de Movie Star Junkies ou à leurs confrères d'Alpha Whale pour leur côté spaghetti-rock psyché, et l'on se surprend même à fantasmer la guitare de Kurt Cobain par endroits. Le son et lourd et la débauche d'énergie généreuse. On y retournera (crédits : JC Guillaume / photo : Thee Oh Sees).

Dans l'intimité de la Lift, peu avant l'heure du crime, débarquent les membres de Whitney. Dernière perle en date du génial label Secretly Canadian, ce groupe de Chicago est née de l'amitié qui lie le guitariste Max Kakacek (ex-Smith Westerns) et le batteur Julien Ehrlich, jadis derrière les fûts d'Unknown Mortal Orchestra. De bien jolies références que celles-là. De leur union naissait en juin dernier le magistral "Light Upon the Lake", douce parenthèse indie-folk de notré été. Pourtant, sur les planches, le ton et la voix chaude d'Ehrlich lorgnent davantage vers la soul. Et ce n'est pas pour nous déplaire. Les six musiciens virevoltent et tout est en place pour un concert parfait. Pourtant, des accents country de plus en plus récurrents au fil du set auront raison de nous.

Vers une heure du matin, au Pukkelpop comme dans tous les festivals aux mensurations XXL, le beat est roi et les mélodies synthétiques. Mais alors que chaque recoins de la plaine danse, le Club est au diapason rock'n'roll et tremble sur une autre cadence. Thee Oh Sees entre en piste pour une chevauchée électrique d'une heure. Autour et derrière les deux batteries, la bande à John Dwyer s'ébroue, galope et s'égosille. Pourtant, au fil de ce sprint livré comme d'accoutumée pied au plancher, le gourou de Providence décolle la gratte de sa poitrine pour quelques pianotages psychés. Au final, le passage des Californiens nous aura fait plaisir et quelques fois excités, mais pas vraiment impressionnés. Le rideau tombe sur cette troisième et avant-dernière journée, les deux fûts précités nous ont achevés.