Pukkelpop

C'est sous un soleil éclatant et pas vraiment prévu que le Pukkelpop rouvrait ses portes ce jeudi, après une première soirée bonus – 30e anniversaire oblige – orchestrée la veille par les incontournables/sempiternels (biffer la mention inutile) frangins Dewaele. Outre la désormais habituelle fièvre paranoïaque des gentils organisateurs limbourgeois au rayon calumet de la paix, et "l'affaire" du jet de flammes provoqué dans le camping par une bonbonne de gaz (celles utilisées par les campeurs pour réchauffer leurs raviolis) provoquant les blessures de sept festivaliers et quelques réflexes journalistiques plutôt nauséabonds, pas grand chose à se mettre sous la dent au programme de la seconde journée.

Avant d'accueillir dans la joie et l'allégresse les ringardissimes têtes d'affiche 90's attendues à Kiewit en soirée – Limp Bizkit, Linkin Park, j'écris vos noms – , on a néanmoins eu l'occasion de voir quelques bonnes choses au détour des huit scènes du festival. Première halte, très brève, au chevet de Residuel Kids, trio juvénile, énervé et texan tout droit débarqué de Austin. Des graines de punk-rockeurs âgés de 17, 17 et 15 ans, pour le chanteur-guitariste, le batteur et le bassiste, respectivement. Une formule plutôt efficace et pour le moins énergique. Peut-être trop pour l'heure. On leur préfèrera donc rapidement Gengahr et son leader à la voix haute perchée, plus en douceur et en mélodies. Schéma classique, basse, batterie, deux guitares dans le chef du quatuor anglais, fort d'un premier opus sympathique et plutôt bien ficelé. Aérien et très pop, le groupe offre quelques belles envolées contemplatives, mais se révèle moins seventies et psyché que leur logo le suggérait. Si le chanteur londonien groove bien, il minaude un rien trop. Et l'on déserte à mi-chemin le show.

Ravi d'être à l'affiche du Pukkelpop, Mountain Bike roulait des mécaniques en face à la Wablief?, et on les sentit un tantinet stressé. Toujours armés de leur garage hédoniste et branleur, les quatre "Bruxellois" y livraient un set compact et frontal, sans trop d'éclat mais efficace, concluant sur un nouveau morceau assez réussi qui augure d'un futur album prometteur... Qu'on espère voir arriver le plus rapidement possible. Pendant ce temps-là, dans le Club, la très courue Natalie Prass chantonnait sans trop sourciller. Joli grain de voix, petit charisme. Depuis la sortie de son premier album en janvier, la chanteuse américaine a déclenché une petite hype autour de sa brune tignasse et de ses accords de guitare. Pourtant rien de révolutionnaire au menu, on est venu, on a vu et nous fûmes déçus.

Même lieu, une heure plus tard. Nos oreilles peu repues espèrent un peu de chaleur aux bons soins de l'Américain Curtis Harding, qui débute de sa voix la plus grave, avant de lâcher la soul dès le second morceau. Pourtant, celui qui fut choriste du band du sieur Cee-Lo Green avant de voler de ses propres ailes, n'a pas l'air transcendé d'être parmi nous. Si ce n'est sur cette jolie reprise du "Ain't no Sunshine" de Bill Withers où, pour la seule fois du concert, notre hôte sembla un brin détendu et heureux d'être là. A part cela, ça ne décollera pas. Aucune implication ou presque de la part de ce maître de cérémonie quelque peu apathique, semblant même s'ennuyer ou peut-être trop concentré.

Heureusement il y eut Jurassic5. Un bon classique hip hop à l'ancienne sous un ciel bleu azur et un petit vent chargé de bonnes vibrations. Après quelques heurts (séparation en 2007, reformation en 2013), le légendaire sextet californien arbore de belles couleurs et son rap est toujours fringant, alternant entre harmonies vocales et samples détonants. Les deux Djs mythiques que sont Cut Chemist et Nu-Mark assurent le spectacle avec leurs drôles de machines (platine géante, percus portables, guitare-tourne-disque, etc...), façon Disneyland du scratch. Et les quatre rappeurs, toujours menés par la flow-baryton de Chali 2Na, remontent le moral des troupes à coups de classiques.

Pour rester dans cette sympathique ambiance, nous allions confiants applaudir pour la énième fois l'oncle Charles Bradley. Avec lui aussi, c'est toujours un succès. Sur une ligne de basse délectable, l'assemblée tangue d'entrée et c'est l'ovation pour le maître dès son entrée. Classe absolue dans son costume 3 pièces bleu électrique, puis tout de noir vêtu sous sa cape sertie de paillettes. Avec lui, on a eu droit à notre dose habituelle d'amour, dégoulinant de groove et de sueur. Après tout, c'est dans les vieux papys qu'on fait les meilleures soul.