Pukkelpop

Qu’est-ce qu’on fait, quand, adolescent, on s’ennuie ferme sur les bancs de l’école ? On peut s’occuper de moult façons, certes. Bob, Conor, Braden et Mark se tournent vers la musique. Ils ont 14-15 ans. Ils se produisent d’abord devant leurs camarades de lycée, puis dans des cafés de leur petite ville, Lititz, située à une centaine de kilomètres de Philadelphie et entourée de communautés amish. Comme le courant passe bien, ils décident de former un groupe de rock’n’roll, ce sera The Districts. Il y a pire comme activité pour tuer l’ennui. C’est une vidéo, intitulée "Funeral Buds", postée sur Youtube (et comptant aujourd’hui plus de 546 000 vues) qui donne un coup de fouet à leur ascension. Nés fin du siècle dernier, ils sont de la génération Internet. Après un premier album autoproduit "Telephone", ils sont signés par Fat Possum, rien de moins. "On avait un contact avec des gens qui y bossaient. Ils nous ont écoutés quelques fois puis se sont décidés", raconte Bob, le chanteur guitariste à la tignasse bouclée et ébouriffée.

Les voyages forment la jeunesse

Quand nous les rencontrons, en avril dernier, les quatre de The Districts sont déjà à Bruxelles, quelques jours avant leur concert au Botanique, histoire de visiter gentiment la ville. Ils ne se sont pas encore aventurés très loin. Jusqu’au musée des Instruments de musique, mais ils veulent aller voir "la statue du garçon qui fait pipi". On leur conseille l’Atomium aussi et, pourquoi pas, aller jusqu’à Bruges. Les voyages forment la jeunesse.

A peine vingt ans au compteur, nos jeunots ont arrêté l’école juste après avoir bouclé le lycée. Aucun regret ? "Non, pas du tout. Nous nous occupons autrement. Cela fait deux ans que nous avons fait ce choix, nous rencontrons plein de gens, on apprend plein de choses sur le tas", continue Bob, le plus bavard de la bande. Du groupe de base, il y en a quand même un qui a décidé de reprendre des études, Mark; il a été remplacé par Pat.

"A Flourish and a Spoil", qu’ils considèrent comme leur deuxième opus, a été conçu sous la houlette de John Congleton (Angel Olsen, Anna Calvi) et enregistré au studio Seedy Underbelly, à Cannon Falls dans le Minnesota. Un studio érigé au milieu de nulle part. L’ont-ils choisi histoire de ne pas se laisser influencer par d’éventuelles distractions ? "Je ne pense pas qu’on ait réellement besoin d’être "contrôlés". On arrive à se gérer assez bien nous-mêmes. Mais en effet, c’était bien d’être loin de toute distraction, de pouvoir se concentrer sur le fait de jouer de la musique. Il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire que de composer et d’enregistrer." Mais encore ? "On était dans un hôtel avec piscine. Parfois, le soir, on regardait des films. On sortait aussi pour manger. Certains d’entre nous sont végétariens. La bouffe n’était pas très bonne. On mangeait des tacos, avec de la salade de tomate, des chips, du cheddar, de la laitue et de la sour cream." Tout a été mis en boîte en dix jours, avec des chansons enregistrées au bout de deux prises. Alors que "Telephone" relevait davantage du folk-rock, les morceaux de "A Flourish and a Spoil" ont été passés au tamis du blues et du grunge. De l’urgence.

Inspiré d’une berceuse

Le titre de leur album fait référence à "A Bushel and a Peck", un titre de Doris Day que la mère de Rob lui chantait comme berceuse quand il était petit. "On grandit, on change, on a trouvé intéressant de faire le lien avec cette berceuse qui aborde ce thème", explique Rob. Ailleurs, un autre titre est évocateur : "Small Town Life Wasn’t for Me". A quel genre de vie aspirent-ils, alors ? "Nous ne savons pas pour le moment. Nous étions des kids quand on a écrit ça. On vient d’un endroit très conservateur, religieux (amish). Je ne sais pas si on peut vraiment se dire quelle vie est pour nous, par contre on peut dire ce qu’on ne veut pas", constatent-ils, lucides et en chœur. Honnêtes, ils résument les thèmes principaux de leurs textes alors qu’on s’étonne que les jeunes groupes n’écrivent plus beaucoup de chansons engagées. "C’est un peu facile de se retrancher derrière cette réponse, assez cliché : capturer quelque chose de l’humain, de l’être humain, de l’expérience humaine, capturer quelque chose du réel."

De nos jours, il est rare, à l’écoute d’un premier album, de ne pas faire un peu d’archéologie et de se dire : mmh, c’est pas mal, mais cela ressemble un peu à ça, ça ou ça. Comment réagissent-ils au fait que certains n’ont pas manqué de trouver qu’ils sonnaient comme The Replacements ou The Walkmen ? "Nous aimons ces groupes, mais nous en aimons d’autres aussi. La musique qu’on écoute nous pénètre. En même temps, ce n’est pas intentionnel. Même les groupes des années 60 étaient influencés par ce qui les précédait." Indeed.