Musique / Festivals

Attention événement ! L’AB vibrait mercredi soir : pour la première fois de sa carrière longue de vingt ans, le rappeur Q-Tip, ex-leader de A Tribe Called Quest, se produisait dans la capitale. Dieu sait pourtant si la génération qui a découvert, au tout début des années '90, le hip-hop grâce à la fusion jazz/soul/rap du groupe new-yorkais avait rêvé d’assister à un de leurs concerts. En 1998, la formation se séparait, mais gardait une aura et une cote d’amour incroyables auprès de ses fans, et Q-Tip reprenait le flambeau en solo. Après un premier album "Amplified", en 1999, le rappeur du Queens se faisait toutefois rare, préférant l’ombre du travail de producteur à la lumière du rôle de performer.

Mercredi, Q-Tip venait présenter son deuxième album, le bien-nommé "The Renaissance", publié il y a quelques semaines. Quand le noir se fait dans la salle, quelques phrases tirées d’un discours de Barack Obama résonnent avant que le héros du jour n’apparaisse, entouré d’une formation basse/batterie/guitare/orgue/synthé/DJ, pour entonner "Shaka", nouveau morceau dédié au président américain. C’est parti pour 90 minutes de toute grosse ambiance. Malgré une voix éraillée par un vilain rhume, Q-Tip est généreux et se donne à 100 pc, alternant passages rappés de sa diction nasillarde mais rapide et déliée, chant soul et cris pour faire monter l’ambiance.

Exemple d’équilibre

Le concert est un exemple d’équilibre : les morceaux issus du dernier album se mêlent aux classiques de A Tribe Called Quest, livrés parfois sous forme de medley, mais à chaque fois très chaudement accueillis. Musicalement, le groupe se la joue soul rythmée mais peut aussi, lorsque la chanson l’exige, durcir le ton pour des raps cogneurs, et se laissera même aller à quelques digressions qui tiennent de la jam session jazzy en fin de concert.

Parlons-en, d’ailleurs, de cette salle qui se rallume et de ce public qui, au lieu de se disperser comme dans 99 pc des cas, continue à faire un potin de tous les diables pendant plusieurs minutes. Une persévérance récompensée par une dernière salve dont le mythique "Can I Kick It ?", et son thème de "Walk on the Wild Side" réarrangé. Comme il se doit, à la question posée par le rappeur, le public s’époumone à répondre "Yes, you can". Cela ne vous rappelle pas un slogan devenu célèbre ? La boucle était bouclée et un gros millier de personnes pouvait se réjouir d’avoir enfin vu la légende du hip-hop, version cool et consciente.