Musique / Festivals

Après un long - trop long - silence, Vaya con Dios est de retour, via «The Promise» (Altermundo, distribué par Pias), produit par Jean-Pol Van Ham en collaboration avec Thierry Plas et Dani Klein. Un album très classe, au charme duquel on ne résiste pas.

Valse lente de Satie

Douze chansons en anglais ou en français, en allemand ou en espagnol (comme «La Llorona», si populaire au Mexique), voire à couleurs d'Afrique (dans «Illia» où Dani Klein forme un duo avec l'Angolais Bonga). Quant à «Je l'aime je l'aime», c'est une originale adaptation de «Djelem Djelem», sorte d'hymne... national des Tziganes, mélodie que le grand public découvrit à travers «J'ai même rencontré des Tziganes heureux», film fameux tourné en 1967 en Yougoslavie par Aleksandar Petrovic. Autre preuve de l'éclectisme de ce CD raffiné: «Je te veux», un poème de Henry Pacory (né en 1873), qu'Erik Satie transposa en valse lente en 1902.

Aide-mémoire pour les moins de 18 ans: c'est en 1987 que se créa Vaya con Dios qui (avec Les Cousins vers 1960) deviendra l'ensemble belge le plus célèbre dans le monde. Rappelera- t-on qu'il se vendra quelque huit millions d'albums du groupe bruxellois (Dani Klein - alias Danielle Shoovaerts - est native de Schaerbeek, où elle a pratiquement toujours vécu)?

Fatale

Qui n'a pu assister à un concert de Vaya con Dios (en Belgique ou au Brésil, au Japon ou au Chili, en Scandinavie ou à Singapour) ne peut imaginer la ferveur des salles à l'heure où Dani Klein - à la voix de

femme fatale- interprétait «Just a Friend of mine», «Puerto Rico» ou «Don't break my Heart». N'empêche! En dépit du succès, Vaya con Dios choisit de rentrer dans l'ombre, comme on s'offre une retraite pour se ressourcer l'âme. Ne laissant à ses fans que leurs yeux pour pleurer.

Silence définitif? Non. En mai 1999, la page Vaya con Dios une fois tournée, apparut avec discrétion un nouveau groupe, baptisé Purple Prose, comprenant notamment Thierry Plas et Marc Ysaye, dans un album intimiste, radiophonique en diable. Et en cet automne 2004 revoici, Dieu merci! Vaya con Dios à la une. Pour Dani Klein, qui en est la chair vocale, comment se sont vécues les récentes années, loin des harassantes tournées aux quatre coins du monde?

«Chanter, c'est ma vie, nous dit-elle. Je chante comme je respire. D'autres mentent comme ils respirent. Moi, c'est chanter... Vers 1996, bien que «Vaya...» fît partout salles combles, j'ai eu l' overdos e . L'envie d'expérimenter d'autres choses. Maintenant, depuis deux, trois ans, le désir m'est revenu de faire de la musique avec des amis, de monter un nouveau répertoire. En studio, à Bruxelles, nous avons enregistré des maquettes à notre rythme, dans une liberté totale. Entre-temps, j'avais diversifié mes centres d'intérêt, mes activités. Ainsi, ai-je décidé, en pleine quarantaine, de reprendre des études.»

Psychanalyse

«N'ayant pas terminé mes humanités, j'ai donc passé un examen d'admission à l'Université de Bruxelles. Et l'ai réussi. Durant un an, j'ai suivi les cours de philosophie. Et j'allais alors, par exemple, assister à une conférence de Julia Kristeva. Me suis aussi inscrite comme étudiante en lettres anglo-saxonnes, ce qui m'a permis de plonger avec délices dans Joseph Conrad, Evelyn Waugh ou de Doris Lessing. J'ai aussi suivi un stage d'écriture de nouvelles, à... Assise. Puis, je me suis tournée vers une formation en psychanalyse (Freud et Lacan, davantage que Jung). Et je me suis installée en tant que psy, sous mon véritable nom, à Bruxelles. Mes patients sont des Anglais et des Américains (je n'exerce qu'en anglais) qui séjournent chez nous et qui, naturellement, ignorent que j'ai été une vedette de la scène et du disque. Ce travail me passionne, m'épanouit. A leur écoute, je suis une oreille, moi qu'on connaît, par ailleurs, en tant que voix

Retour sur scène? Rien de prévu. «La scène ne me manque pas. En tout cas, pas pour l'instant. Seule exception: en février, nous irons donner trois concerts à Moscou et à Saint-Pétersbourg, car nous n'avons jamais joué là-bas.»

Mais ne dites jamais jamais: qui vivra verra.

© La Libre Belgique 2004