Soutenir le secteur de la musique en urgence est une chose, lui permettre de reprendre le travail en est une autre. Mais à l’heure actuelle, la date et les modalités d’un éventuel retour à la scène restent extrêmement incertaines. 

Faute de festivals d’été, le 1er septembre a longtemps été perçu comme un possible point de départ. Une proposition de calendrier, élaborée entre autres par le Conseil de la musique, le Reflektor (Liège), le Botanique (Bruxelles) et le label Pias, envisage d’ailleurs une reprise des activités en trois temps : un retour progressif des équipes internes sur leurs lieux de travail dès le 18 mai, une reprise des résidences d’artistes le 15 juin, et une possible ouverture des salles au public à la rentrée. "La musique live est une pratique de contact total, reconnaît le programmateur du Botanique Paul-Henri Wauters. Nous nous situons à l’opposé de la distanciation. Mais il est déstabilisant d’être relégué en deuxième catégorie. Nous voulons nous préparer, dès maintenant, à reprendre dès que le temps sanitaire et le monde politique le permettront."

Salles réduites de deux tiers

"En Belgique, tout le monde semble d’accord pour dire ‘plus vite on ouvre, mieux c’est’", poursuit Paul-Henri Wauters, tout en se disant "bien conscient que l a reprise pleine et entière, ne pourra se faire que lorsqu’il ne sera plus question de distanciation sociale". De nombreuses salles de concert en Belgique et en France ont d’ores et déjà jugé les possibles solutions intermédiaires impraticables, et un retour du live en 2020 inenvisageable. Dans la grande majorité des cas, limiter une salle à un tiers de sa capacité n’est tout simplement pas rentable, et extrêmement difficile à mettre en pratique. "Les grandes salles comme Forest National ne sont pas calibrées pour organiser des concerts pour quelques centaines de personnes, confirme le programmateur du Botanique. Dans le cas du Bota, même si nous limitions l’accès de notre salle de 800 places à 350 personnes, celles-ci auraient tendance à aller s’installer à l’avant, près de la scène." Tout cela impliquerait la présence de files, masques, et déplacements de population dans et en dehors des infrastructures concernées.

Pour peu que la programmation reprenne malgré tout à l’automne, difficile, par ailleurs, d’imaginer la présence d’artistes britanniques ou américains, dont les tournées bien souvent mondiales ont d’ores et déjà été reportées à 2021 dans leur très grande majorité. Puis il reste une question, essentielle : avez-vous réellement envie d’aller voir votre groupe préféré, isolé sur un siège, avec masque, gants, et une paille pour boire votre bière ?

Et si le virus ne disparaissait jamais ?

"Nous avons demandé aux autorités de pouvoir y voir clair d’ici le 8 juin, soit la date fixée pour l’Horeca, conclut Paul-Henri Wauters. Si l’activité ne reprend pas, il faudra que le filet de sécurité puisse être maintenu pour tous les travailleurs du secteur. Les réalités sont très diverses : le Botanique a la chance d’être subventionné à hauteur de 90 % de ses frais fixes, mais beaucoup de salles ne sont pas dans ce cas. À plus long terme, tout cela pose, enfin, une autre question : imaginons que ce virus ne disparaisse jamais, que le risque sanitaire ne s’efface pas totalement, allons-nous renoncer à toute activité musicale ? À la scène et au public tel qu’on le connaissait ? Le culturel est de l’ordre de l’essentiel, à un moment donné, les gens vont avoir besoin d’activités culturelles, de concerts, de vibrer ensemble."