M Pokora, figure tatouée de l’industrie musicale, incarne Robin des Bois, figure révolutionnaire qui prend aux riches pour redistribuer aux pauvres. Dans le rôle du héros populaire, l’œil bleu, la voix claire, le poing levé, M Pokora, candidat de télé-réalité ayant su se faire aimer d’un jeune public, avait le bon CV. Il fait salle comble au palais des Congrès de Paris et part en tournée en début d’année. Etape à Bruxelles, au Palais 12, les 9 et 10 mai 2014.

"Robin des Bois", c’est le spectacle musical que la presse encense, un trémolo dans la voix. "Le Parisien" se montre dithyrambique. Il faut dire que le quotidien français est partenaire du spectacle.

Il faut dire aussi que les moyens sont mis en œuvre par de vieux brisquards du show-biz et que la promo est parfaitement orchestrée. L’histoire est simple. "L’an 1313. Ils sont beaux. Ils sont jeunes. Ils sont séparés. Elle a eu un enfant de lui 15 ans plus tôt. Il l’ignore. Jusque-là elle le lui a caché. Il se bat contre l’injustice. Elle consacre sa vie à porter secours aux exclus. Lui, c’est Robin des Bois. Elle, c’est Marianne. Leur fils, c’est Adrien. Un jeune homme de 15 ans qui aime sans concession, d’un amour impossible, une jeune fille de son âge, Bédélia. Il est le fils de Robin, elle, est la fille du shérif de Nottingham." Le shérif, c’est, bien sûr, l’ennemi juré de Robin. Et le fils, c’est Sacha Tran qui l’incarne, un Belge de 18 ans, révélé sur TF1 dans "The Voice".

C’est une histoire légère portée par un producteur poids lourd, Gilbert Coullier. Il y a 20 ans, il produisait la comédie musicale "Starmania". Aujourd’hui, il produit des artistes XXL : Céline Dion, Johnny Hallyday, Michel Sardou… Le livret a été confié à un duo rodé, deux coauteurs des "Dix Commandements", de "Cléopâtre", du "Roi Lion"… A quoi bon, tant il est impossible de saisir le texte, tant les voix - hormis celle de M Pokora - sont masquées par une bande son tonitruante. Pourtant, la troupe est briefée par le coach vocal de l’émission "The Voice"…

Une grosse machine efficace

La mise en scène a été confiée au Canadien Michel Laprise, directeur artistique du cirque du Soleil. Récemment, il a signé la mise en scène de la tournée mondiale de Madonna. C’est efficace, comme le sont les grosses machines à produire du rêve : aucun temps mort, des effets visuels, sonores qui donnent au spectateur le sentiment qu’il en a eu "pour son argent". La réalisation de vidéastes gratifie parfois le spectacle de leurs trouvailles, quand la cible d’un tournoi de tir à l’arc devient le cheval blanc emportant les jeunes amants, quand Robin et le shérif s’affrontent dans les étoiles, quand les combats nocturnes virent au manga. Dans ce spectacle musical, sans dialogue, les tableaux se succèdent, sans que l’on en saisisse toujours bien le sens. Danseurs et circassiens, omniprésents sur scène, apportent une touche d’humanité à la succession de tableaux high-tech qui peuvent laisser froid, tant la poésie n’y est pas. Chorégraphiés par Hakim Ghorab et Yaman, ils offrent une véritable proposition artistique et des prouesses validées par Brahim Zaibat dont le grand public a pu découvrir le talent lors de sa participation à "Danse avec les stars", sur TF1.

Grisés par ce déluge optique et sonore, les spectateurs se précipitent en bord de scène afin d’approcher leur idole, au moment du salut final. Une étrange forêt de téléphones portables et d’appareils photo numériques surgit alors dans une ambiance électrique dont M Pokora sort grandi et Robin des Bois décrépit.