Musique & Festivals

Son nom pourrait être personne. Pas comme Paul, rien à voir. Mais il s’appelle Saule, comme le grand arbre qui pleure de toutes ses branches et de toute son âme. Cela lui va bien, à Baptiste Lalieu, alias Saule, jeune homme au gabarit de John Wayne, géant au visage de Petit Prince et au genou fragile depuis un maudit soir de Francos. Les chansons qui l’ont révélé, lui et ses six Pleureurs de musiciens, cultivaient la simplicité, l’épure, et se révélaient tantôt touchantes, tantôt naïves. Tel était l’album "Vous êtes ici", où figurait notamment la rengaine "Minimum". Trois ans plus tard, les nouveaux morceaux sont plus matures, plus denses et parfois plus introspectifs. Plus diversifiés stylistiquement, aussi. C’est le moins qu’on puisse dire.

Tel est "Western", second effort aux paysages sonores plus remplis, où résonnent cordes, cuivres, claviers, percussions mais aussi banjo. Récemment, lors d’une résidence dans la campagne brabançonne, où Saule et les Pleureurs répétaient leur nouveau spectacle, le chanteur nous confirmait ce travail sur les sons. "On essaie de fouiller davantage les arrangements. C’est ce qu’on a voulu faire sur le disque. Ne pas se trahir et pousser les sons un peu plus loin. Le premier album était très minimaliste à ce point de vue. Normal puisque c’est un truc qui était fait pour être chanté dans des bars" (NdlR : au départ, Saule était un projet de "café-théâtre") .

Personne et tout le monde

Enregistré en Provence, près de Carpentras, "Western" est marqué du fer rouge de Seb Matrel, aux commandes en tant que réalisateur artistique. L’homme, qui a travaillé entre autres comme guitariste de Camille, de Salif Keita, de Rokia Traoré, connaît bien son affaire. "C’était le bon choix pour travailler sur les arrangements. Il a une culture musicale incroyable. Il peut passer d’un morceau world à quelque chose de rock ou de funk. Pour prendre un exemple, sur le morceau "Bienvenue au monde", où l’on entend des influences africaines, on sent bien dans les parties de guitares que Seb est parti à Bamako pendant six mois, qu’il y a joué et enregistré un disque de musique africaine. Il sait quel type de guitare utiliser et quels sons en sortir pour que cela fonctionne avec le reste."

Même principe pour la chanson "Comme un nuage", bercée par des percussions, des cordes et des cuivres latinos, qu’on croirait tout droit sortis de l’univers de Calexico. Le poétique et naïf "Desert", en duo avec Sacha Toorop, évoque Henri Salvador et ressemble à une des dernières chansons de Zita Swoon. "Nanana" donne dans la fanfare. Et "Saule 2" exploite la veine hip-hop, avec une rythmique qui fait curieusement penser au thème de l’Inspecteur Gadget Et Saule n’a besoin de personne pour sonner comme Dominique A. Enfin presque, puisqu’il a invité l’intéressé lui-même à venir chanter sur le formidable "Personne", qui débute l’album de maîtresse manière. Un titre qu’aurait pu écrire et composer Dominique A tant cet original fait copie. "Dominique, je l’ai découvert tard, sur son avant-dernier album. Je l’ai beaucoup écouté. A un moment, c’est normal que ça rejaillisse dans l’écriture." Soit.

Pour le coup, ce "Western" apparaît comme une coquille au creux de laquelle on peut clairement écouter souffler le vent des plaines musicales que le cow-boy "saulitaire" aime arpenter. Pointons encore les ombres de M, Brassens, Henri Salvador, Tryo, Jeronimo, Radiohead. Bref, "Western" tire dans tous les sens. Et prend des allures de best of, ce qui pour un deuxième album n’est pas banal Mais le chanteur assume. "Sur le premier album, il y avait déjà des bribes de ça, latino, reggae En deux ans et demi de tournée, on a continué dans cette voie-là. On avait des morceaux presque punk avec la reprise de "Banana Split", d’autres plus bossa, puis on essayait d’aller dans le genre Tom Waits, puis Calexico, ou vers quelque chose de plus hip-hop avec du beat box."

Sans limite de style

Bien balancé, "Western" l’est assurément. Mais ces multiples références qui sautent sans cesse aux oreilles avec une évidence peuvent donner l’impression qu’elles ne sont pas bien digérées. Sans omettre qu’elles donnent à l’album un cachet disparate.

Alors, Saule et les Pleureurs cherchent-ils toujours leur style ? "Mon style, justement, c’est d’aller vers le plus de choses possibles, répond Baptiste. J’écoute beaucoup de styles de musique différents et ça m’éclate d’explorer ces styles, d’essayer différentes choses quand je compose. Je ne me mets pas de limite. Ce n’est pas parce que je fais de la chanson française que je dois me cantonner à une ligne précise. Certains morceaux qu’on n’a pas retenus pour l’album étaient franchement électro. J’adore des projets du type Kid Koala, Amon Tobin. Donc, puisque j’écoute plein de musiques différentes, autant les utiliser. Je pense qu’un gars comme M fait aussi des choses assez variées dans un même disque. Et moi, ça me plaît en tant qu’auditeur. Parce qu’on rompt l’ennui. Cela n’empêche pas d’avoir une unité dans le disque. Dans mon écriture, dans le timbre de ma voix, dans l’angle par lequel j’aborde un sujet. C’est ce qui crée l’identité du projet."

Chassez le naturel, il revient au galop. Lors du repas qui tenait lieu d’entretien, Saule avait choisi un trio de pâtes.

"Western", 1 CD Bang ! En concert au Botanique, à Bruxelles, les 13 et 14 février.

www.sauleetles pleureurs.be