Rêveries et passions : c’est le thème inépuisable du Festival de Wallonie 2013 et, sur la question des passions, la branche stavelotaine n’aura pas lésiné… Après une ouverture toute spirituelle alternant la ferveur (Motets de la famille Bach par Vox Luminis) et la légèreté (Poulenc par Oxalys), c’est de sentiments amoureux plus incarnés qu’il fut ensuite question. Portée par le Chœur de Chambre de Namur et placée sous la direction de Patrick Davin, la soirée de dimanche fut, en effet, consacrée à deux sommets de la littérature vocale à quatre voix : des extraits du Spanisches Liederspiel et du Minnespiel de Schumann, les Zigeunerlieder op.103 de Brahms et, du même, l’intégrale des Liebeslieder Walzer op.52 et des Neue Liebeslieder Walzer op.65, avec quelques numéros donnés dans leur "simple" version à quatre mains, Muhiddin Dürrüoglu et Daniel Blumenthal au piano. Trois comédiens, Noémie Dujardin, Eric de Staercke et Vincent Dujardin (grand frère de Noémie et également metteur en scène) assuraient la présentation des lieder, mêlant habilement les échanges épistolaires entre Robert, Clara et Johannes, avec les textes des œuvres chantées. C’était la fin d’une tournée, avec la part d’assurance et d’euphorie que cela comporte, le soleil brillait encore, la salle François Plume de l’Abbaye était comble, ce fut une soirée magnifique. Avec cette réserve que l’effectif était trop fourni pour les dimensions de la salle (cinq chanteurs par voix, alors que ces lieder peuvent aussi être donnés par quatre solistes…), ce qui entraîna les pianistes à jouer très (trop) fort et fit perdre en intimité que ce qu’on gagnait en ravageuse passion, notant que l’op.65 (Brahms), aux pupitres plus fragmentés, fut particulièrement émouvant (conclu par une lettre déchirante de Brahms, au seuil de la vieillesse, à son amie Clara…). Et une observation sans appel : le Chœur de Chambre de Namur est aujourd’hui un des meilleurs chœurs d’Europe !

Le concert du lundi (matin) réservait une surprise : le cycle Frauenlieb und -leben, op.42 de Schumann par la mezzo-soprano Albane Carrère et… le Quatuor Alfama. Une version souhaitée par les musiciens eux-mêmes, et signée du jeune compositeur belge Frédéric Neyrinck, présent à la création. Donné en deuxième partie de concert - après le Quatuor op.41/3 de feu ! - cette version atteste de grandes qualités d’écriture mais demande aux interprètes un tour de force : intégrer le chant comme une cinquième voix du quatuor, tout en permettant l’incarnation d’un personnage "primus inter pares" et l’expression d’un texte. Lundi, Albane Carrère se situait plus dans le vocal - et que la voix est belle… - que dans le poétique, les musiciens tentant, de leur côté, de suivre les moindres inflexions de leur partenaire chantante. Si l’on songe, en plus, à l’extrême économie de moyens pratiquée par Schumann dans la partie piano, on comprend que tout doit se jouer sur le rare, l’impalpable, le fugace; lundi, la puissance émotionnelle du lied final attesta qu’il y avait moyen d’y arriver. Le festival proposera encore quelques "Lettres intimes" de Janacek, Mendelssohn et Schubert par l’extraordinaire Quatuor Zemlinsky (9 et 10), les "Violes d’amour" d’Il Gardellino (12) et, en éclatant finale, deux soirées de mélodies romantiques par la mezzo Angélique Noldus, entourée de Gatto, Caussé, Camille Thomas et Braley (heureuse Angélique). Avec, au terme de chaque concert, des rencontres "en famille avec les artistes", pouvant se prolonger tard dans la nuit…

Martine D. Mergeay

A l’Abbaye et en l’église Saint-Sébastien de Stavelot, jusqu’au 14 août. Info : 080.86.27.34 ou stavelot@festivaldewallonie.be ou www.festivalstavelot.be