Extrême concentration! Vêtue d’un fourreau en lamé or, Shin Hyun Su, 24 ans, entre en scène avec le pianiste japonais Sato Takahi (lauréat du concours en 2010) et obtient d’emblée le silence de la salle. Son choix s’est porté sur la sonate no 3 de Brahms.

Entrée en douceur, comme si la musique préexistait; la jeune Coréenne a bien un pupitre devant elle mais elle joue par cœur, en perceptible connivence avec son partenaire; l’allegro laisse déjà percevoir un heureux mélange d’engagement et de liberté, ce qui se confirme dans un adagio fervent, conduit avec maîtrise et intensité.

Dans le séduisant "poco presto" aux allures de scherzo, et dans le finale, on savoure à plein un vrai moment de musique de chambre, où les deux musiciens osent les contrastes, les folles envolées, les redescentes apaisées, prennent tous les risques, jusqu’aux bords de la rupture et sans perdre ni le contrôle du discours ni la beauté du son. On est au concert.

Dans le concerto de Sakai Kenji - qu’on entend donc pour la troisième fois - la jeune fille parvient à établir, plus que ses compagnons de la veille, un équilibre fécond avec l’orchestre, notamment grâce à la richesse de ses sonorités, lui permettant de varier les liaisons de timbre avec les différents pupitres et d’établir ainsi le "dialogue concertant" voulu par le compositeur.

Le contact continue à se resserrer avec le public et le concerto de Sibelius s’ouvre dans un climat de confiance réciproque, étendu à l’orchestre : la musicienne peut aller jusqu’au bout de ses intentions, elle sera suivie, elle inspire son monde. Cadence tendue à l’extrême, chargée de drame, et parfaite, l’orchestre répond en se surpassant et la fin de l’allegro est magique, à la fois sauvage, passionné et immatériel (petit flottement dans les dernières mesures ?), personne ne songe à applaudir ni à tousser, le prodige s’étend à la salle

Dans le mouvement central, adagio di molto, Hyun Su suspend une nouvelle fois du temps, lui imposant son cours personnel à travers chant intense, simple et poignant. Le début du finale laisse entendre une note "craquée" (quoi, la violoniste ne serait qu’une simple mortelle ?) : fausse alerte, le miracle se poursuit, non pas dans le trop habituel combat de titans entre soliste et orchestre, mais dans une course aérienne, implacable, jouissive. Tout surprend chez la jeune musicienne et tout ravit.