Musique & Festivals

La fusion de la musique classique et électronique a ravi les festivaliers.

Le grand carnaval de dance music clôture son premier week-end avec notamment Lil Kleine, rappeur néerlandais, qui a enchanté le public avec son tube Drank and Drugs. Mais aussi la célèbre jet-setteuse américaine, Paris Hilton. Lunettes papillons et sourire jusqu’aux oreilles, l’ancienne star de télévision s’éclate pendant 45 minutes à balancer les derniers hits du moment. Avec sa joie plutôt communicative, la DJ de 38 ans réussi à entraîner les festivaliers, même les plus sceptiques. L’événement de la journée est cependant ailleurs, sur la scène Freedom en début de soirée, derrière un nom intriguant : Symphony of Unity.

Un bon nombre de festivaliers a certainement dû se poser des questions en voyant débarquer sur le podium une soixantaine de musiciens. De la musique classique à Tomorrowland ? Des instruments ? C’est le pari osé qu’ont voulu relever les étudiants des conservatoires belges et hollandais du Metropole Orchestra et le chef d’orchestre gantois Dirk Brossé. Ensemble, ils ont mis sur pied la Symphony of Unity qui fusionne musique électronique et musique classique. Pour deux week-ends seulement, les musiciens reprennent les grands tubes électro, comme Opus d’Eric Prydz, Right Here Right Now de Fatboy Slim ou encore Shivers d’Armin Van Buuren.

Contrairement au projet de 2015 du même nom avec l’Orchestre National de Belgique, l’expérience de cette année propose un live-mixing et des sons pré-enregistrés, et plus seulement un orchestre entièrement acoustique. En plus des violoncelles, clarinettes, grosses caisses, taiko et autres instruments, l’orchestre est accompagné de deux DJ pour ne pas laisser totalement de côté les basses que les spectateurs affectionnent tant. Accompagnée de jeux de lumières et de lancers de confettis, la formation est loin de ses conditions de travail habituels.


Beethoven à Tomorrowland

"J’ai voulu participer à ce projet, car je suis très intéressé par l’idée de faire des crossovers mais c’est aussi pour faire passer un message. On vit dans le XXIe siècle, il existe d’autres genres que ceux de Mozart ou Beethoven. On doit être ouvert et pouvoir comprendre pourquoi la musique électronique a tant de succès", affirme le chef d’orchestre qui a travaillé avec de nombreux ensembles internationaux. Même s’il avoue ne pas écouter ce style musical chez lui pour le plaisir, il reste néanmoins curieux. "Si Beethoven vivait aujourd’hui, il serait à Tomorrowland. Il aurait certainement été intéressé par l’événement. Peut-être on l’aurait retrouvé à côté d’un DJ. C’était un avant-gardiste, un moderniste. Il expérimentait, essayait des choses", affirme celui qui a travaillé avec Toots Thielemans, Hans Zimmer et Maurane.

Dans la salle, le public est venu découvrir en masse ce projet. Tous les téléphones sont de sortie pour filmer l’événement. Les gens tapent dans les mains, dansent sur la musique. Des bruits qui ne dérangent pas du tout Dirk Brossé. "On est tous ensemble, ça donne une unité. Le beat peut réunir les gens. Cela casse la barrière qu’il y a normalement avec la musique classique, pour laquelle il y a un rapport intellectuel et spirituel mais pas physique", se réjouit-il.

"Mais c’est fou !", s’exclame un spectateur qui regrette de ne pas être arrivé plus tôt. "Ce qui était plus important que le concert, c’était de savoir comment les gens allaient réagir, ce qu’ils allaient garder en mémoire de ce moment", confie le chef d’orchestre qui a eu des frissons tout le long du concert. L’un des vocations du directeur musical de 59 ans est également d’attiser la curiosité du public envers la musique classique. "Je pense qu’une grande partie du public n’a jamais entendu d’orchestre symphonique. Peut-être que cela donnera envie à des personnes de s’y intéresser." A en croire les réactions de la foule, il se pourrait bien que le défi soit relevé.