Cachée derrière une grande perruque à frange et un imposant nœud papillon, Sia cultive le mystère. Si elle préfère ne plus dévoiler son visage, ce n’est pas pour des prétextes marketing élaborés, pensés par son équipe ou marquer sa différence dans un monde formaté. La raison est finalement plutôt simple et franche : éviter d’être reconnue. Alors que les artistes luttent pour obtenir leur quart d’heure de gloire et leur photo sur les unes des magazines, Sia Furler, elle, l’évite à tout prix. Elle se voit avant tout comme une artiste et non comme une célébrité.


Dans les années 90, elle fait ses débuts sur scène avec Crisp, un groupe d’acid-jazz et de funk. Elle s’aventure ensuite dans un style plutôt folk sur ses premiers disques solo comme Colour The Small One (2004) ou Some People Have Real Problems (2008). Son titre "Breathe Me" lui offre une certaine renommée dans le milieu après avoir illustré la scène finale de la série Six Feet Under. En parallèle, elle écrit pour une multitude d’artistes comme Rihanna, Beyoncé, Christina Aguilera, Céline Dion, Jennifer Lopez ou encore Katy Perry. Il ne lui faut qu’une dizaine de minutes pour écrire un tube. Ultra productive et efficace, elle devient incontournable. Les artistes pop se l’arrachent. Son nom, lui, reste encore relativement peu connu du grand public et c’est tant mieux pour elle.

Tout change avec la sortie de 1 000 Forms of Fear en 2014, un opus constitué de rejets des autres chanteurs. À ce moment-là, l’Australienne ne veut plus spécialement être une artiste et plonge dans l’alcool et la drogue. "J’ai fait cet album pour me sortir d’un contrat, car on m’imposait le fait d’encore sortir un album au nom de Sia." "Chandelier", l’un des titres extraits du disque dans lequel elle évoque son combat contre ses addictions est une véritable tornade. Impossible d’y échapper. "Je n’avais pas la moindre idée du succès que cette chanson allait avoir. Je pensais surtout à ce moment-là sortir un petit disque pour répondre aux exigences de mon contrat et pouvoir aller voir ailleurs. Mais soudainement, je suis devenue un pop star", assure-t-elle, encore étonnée de tout ce qui lui est arrivé.


Une exposition médiatique trop lourde à porter. La perruque est depuis vissée sur sa tête, comme une barrière protectrice. "Le mystère est la seule chose qui manquait dans la musique pop. Je suis alors devenue l’artiste la plus inaccessible de l’histoire. Et cela a très bien fonctionné pour moi !, confie-t-elle dans un grand éclat de rire presque enfantin. Les gens comprennent qu’ils ne doivent pas venir vers moi. Je me sens très chanceuse de ce point de vue-là. On ne vient plus m’interrompre pendant un dîner avec des amis où l’un d’entre eux m’annonce qu’il a un cancer."

Elle évite depuis les grandes promos, les plateaux télévisés, les interviews radios, tout ce qui la fatigue. "Je ne suis sortie de chez moi qu’une vingtaine de fois depuis quatre ans. J’aime être à la maison, je ne suis pas agoraphobe, mais ça me rend anxieuse de sortir." Si elle accepte de revenir sur le devant de la scène et de répondre à la presse, c’est parce qu’elle considère Music comme le projet de sa vie.


Après pléthore de hits, de "Cheap Thrills" à "Elastic Heart" en passant par "Let’s Love" et "The Greatest" mais aussi de nombreuses collaborations comme avec les chanteurs français Gims et David Guetta, la chanteuse de 45 ans est presque prête à raccrocher le micro. Elle a aujourd’hui la sensation d’avoir atteint tous ses objectifs professionnels. "Ce film était la chose la plus importante que je pouvais faire. Je crois que je vais enfin pouvoir m’endormir sans entendre des voix intérieures qui me disent : ‘Lève-toi sale paresseuse, va travailler !’ Maintenant j’entends : ‘Détends-toi, tu en as fait assez.’ Je suis très contente de ce changement." Elle confie en avoir fini avec les grandes tournées, mais d’autres albums sont déjà dans les tuyaux. Impossible pour elle de ne pas continuer à écrire. Sans doute, sans le vouloir, Sia a établi les codes de la pop de ces dernières années et pour celles à venir.