"Singularity", le coup de maître zen de Jon Hopkins (****)

Valentin Dauchot Publié le - Mis à jour le

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Certains artistes ne s'adaptent pas à leur milieu, ils le façonnent à leur image. En sortant l'album "Immunity" en 2013, Jon Hopkins s'est instantanément fait un nom dans la catégorie très convoitée des musiciens aussi singuliers que prisés.

Même un secteur aussi créatif que le monde merveilleux de la musique électronique, n'avait plus vu passer un tel vent de fraîcheur depuis des années. De quoi mettre un joli coup de pression sur le producteur londonien, dont un nouvel opus était forcément attendu avec impatience et un nouveau degré d'exigence.


Là où d'autres auraient tartiné, Hopkins a alors judicieusement et littéralement fait le choix de se retirer. Épuisé par deux années de tournée, il est parti s'installer en Californie, où il s'est longuement adonné à la méditation transcendantale et autres expériences spirituelles. En quête de paix et de silence, le producteur s'est recentré sur lui-même, a ouvert de nouvelles voies vers son subconscient, et en a tiré une puissante expérience sensitive qui a directement influencé son approche musicale (lire notre interview).

De l'aveu même de son auteur, "Singularity" relève donc moins de l'album que du trip, une plongée dans l'univers transcendantal du producteur, à consommer d'une traite et dans l'ordre indiqué.

Brutalité et destruction

Corrosif et dansant, "Singularity" place le décor et renvoie au chaos ambiant qui a conduit Hopkins à s'immerger. Le compositeur l'a conçu comme la colonne vertébrale de son œuvre, une introduction en puissance qui vous attrape par le col pour vous mieux vous immerger dans sa réalité. "Cette plage titre est vraiment violente" explique d'ailleurs lui-même le Londonien, presque étonné d'entendre ce qu'il a sorti. Tout en basses, le morceau ne cesse de gagner en intensité pour laisser exploser sa rythmique à 4 minutes 31, avant de "s'autodétruire dans sa propre distorsion."


L'auditeur est scotché, mais l'artiste déteste la surenchère et prend tranquillement le temps d'installer les ambiances d'"Emerald Rush", "Neon Pattern Drum" et enfin "Everything Connected".

On réalise alors que le génie de l'album réside dans un élément essentiel: tout est complexe, fouillé, réfléchi… et d'une simplicité mélodique qui vous prend aux tripes. Une fois entré dans cet univers fantasmagorique et fondamentalement optimiste, difficile de le quitter.

Les premiers coups d'un bébé

Jon Hopkins aime comparer ses expériences psychiques à une séance de plongée sous-marine. "L'esprit comme l'océan" dit-il "sont recouverts de vagues à l'intensité plus ou moins forte. Plus on descend dans les profondeurs, plus le calme prend le pas sur les perturbations." Long d'une dizaine de minutes, "Everything Connected" résume à lui seul cette quête d'harmonie parsemée de perturbations. Tout à tour puissant, agité et planant, le morceau traverse une frontière et mène naturellement à "Feel First Light" conçu comme une ode à l'apaisement et au bien-être.


Dès cet instant, la techno cède la place aux compositions chorales et donne une vague idée de l'état de paix atteint par Jon Hopkins lors de ses séances de méditation. "Le titre du morceau vient d'une conversation avec un ami proche" précisait-il lors de notre rencontre. "Sa femme lui a expliqué qu'à la seconde où elle a écouté le morceau, elle a été transportée au moment où elle a senti son bébé donner un coup dans son ventre pour la première fois. Ce n'est pas l'idée que je m'en faisais, mais c'est l'essence même de ce disque. Chacun peut y projeter ce qu'il ressent et poursuivre sur cette voie avec "Luminous Beings" et "Recovery". Voilà qui donne envie de méditer ou, à défaut d'être suffisamment patient, de se réécouter cet album en entier.


© D.R.

Valentin Dauchot

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