Musique / Festivals

Ce jeudi soir a lieu, à Flagey, un concert très particulier dans la mesure où il regroupe des artistes issus de mouvances différentes: jazz, chanson, pop. S'y présenteront notamment Axelle Red, Daan, Kris Defoort, Fabrizio Cassol, Michel Hatzigeorgiou et bien d'autres, réunis par solidarité avec l'un des leurs, le bassiste Otti Van der Werf.

Ce dernier a été victime, dans la nuit du 3 au 4 janvier, d'une rupture d'anévrisme. Une fois celui-ci hors de danger, trois ou quatre jours après l'accident, ses amis et collègues ont décidé de se réunir sur une scène, d'abord et avant tout «pour le soutenir moralement, grâce à l'idée que se amis se réunissent pour jouer en son honneur», déclare le pianiste d'origine liégeoise Fabian Fiorini, partie prenante dans le projet.

A la base, devait avoir lieu, le 17 février à Flagey, un concert du groupe Octurn - dont Otti Van der Werf est le bassiste attitré -, dans un répertoire du guitariste Pierre Van Dormael. Décision fut prise de raccourcir ce set, et d'y ajouter des prestations d'artistes que le bassiste accompagne régulièrement.

Axelle Red va piano

Ce sera l'occasion a priori unique et en tout cas très spéciale d'entendre Axelle Red en duo avec le pianiste hutois Eric Legnini, l'un de nos meilleurs jazzmen, qui a, notamment, participé au dernier disque de Claude Nougaro. Le crooner de l'électro-pop, Daan, se produira en solo, avant que la scène ne soit occupée par les musiciens de jazz. Le final, qui réunira Manu Hermia, Kris Defoort, Jean-Louis Rassinfosse et bien d'autres, prendra l'allure d'une grande jam session, où les solistes sont invités à prendre la parole sans trop de formalisme: «On veut aussi que ce soit une fête. On a tous eu chaud mais Otti est là, il est vivant.»

Au-delà de son but premier, ce concert aura le mérite de montrer l'extraordinaire vivacité de la scène jazz en Belgique, où, insiste Fabian Fiorini, «il y a toujours eu échanges entre les genres». Réputés au-delà de nos frontières, nos musiciens accompagnent Alain Bashung, William Sheller - classiques et jazzmen confondus - et bien d'autres stars de la chanson.

Chansons standards

La raison de cet état des choses est bien sûr alimentaire: sans que les cachets y soient nécessairement plus élevés qu'ailleurs, une tournée avec Axelle Red vous remplit densément un agenda. Mais Fabian Fiorini d'insister sur le fait que la chanson, notamment par les standards, a toujours été présente dans le jazz, et de rappeler que, quand il improvise, le pianiste Keith Jarrett a le texte de la chanson en tête. Ce que les Américains font avec leur tradition broadwaysienne ou hollywoodienne, un groupe comme L'Ame des Poètes le fait en Belgique, avec les chansons de Piaf, Brassens, Nino Ferrer, Jacques Dutronc, Gainsbourg ou... Soeur Sourire:

«Son succès, L'Ame des Poètes le bâtit en travaillant sur le répertoire qui est dans notre inconscient collectif.» Il apparaît tout aussi clairement que les musiciens de jazz de la jeune génération sont attentifs à l'évolution de la musique électronique, au hip hop et au R&B, comme en témoigne le récent concert du saxophoniste Fabrizio Cassol avec douze DJ's à La Monnaie à Bruxelles.

Au-delà des clivages

Par ailleurs, un tel concert démontre qu'au-delà des clivages communautaires politiques, il existe une communauté des musiciens. L'époque est révolue où, face à la réussite des Bobby Jaspar, Sadi et autres Francy Boland, il était commun de dénigrer les jazzmen flamands, dont la scène est aujourd'hui très vivante. Malgré les embûches administratives, la circulation des musiciens se fait plus en fonction des affinités que de considérations linguistiques.

In fine, ce concert pointe le doigt sur la situation de l'artiste dans notre société. Comme nombre de ses pairs, Otti Van der Werf a un statut, qui lui assure notamment la couverture des frais médicaux. Par contre, sa convalescence risque d'être longue, et les fonds récoltés par cette soirée viendront bien à point - sans être suffisants - pour passer le temps de la rééducation et de la réadaptation à l'instrument. Toutes bonnes raisons d'assister à une soirée en soi exceptionnelle.

Soirée de solidarité à Otti Van der Werf, le 17 février, 20h15, au Studio 4 de Flagey, 1050 Bruxelles. O 2.641.10.20 ou Webhttp://www.flagey.be

© La Libre Belgique 2005