Somptueuse Sade

Dominique Simonet Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Les nombreux fans étaient au bord du désespoir sans fin lorsque l’album “Soldier of Love” parut début 2010. “Soldat de l’amour”, cela sonne bien pour cette femme qui semble en avoir fait tous les combats ou qui, à tout le moins, les exprime si bien de sa voix de velours.

C’est par la chanson “Soldier of Love” que Helen Folasade Adu et son groupe Sade (enfin, tout se mélange un peu) ont entamé leur concert anversois dimanche soir. Cheveux lissés en arrière, grandes créoles aux oreilles, féline sur ses talons hauts, la belle, que dit-on, la sublime mène sa petite troupe tambour battant. Dès le deuxième titre, “Your Love is King”, la voix du saxophone alto se fait entendre, et l’on retrouve la chanteuse telle qu’elle habite les esprits, le glamour un peu triste, la sensualité un peu distante… Ne pas essayer de faire autre chose que ce qu’elle est, un petit pas de danse, ne pas en faire trop…

Musicalement, le groupe d’une dizaine de musiciens est très au point. l’on n’en attendait pas moins. L’inspiration est le plus souvent funky léger, assortie de touches de jazz de cocktail, et le son enveloppant : du Steely Dan au féminin. Pourtant, deci delà se pointent des guitares plus blues (”Is It A Crime ?). Rock, elles donnent à “No Ordinary Love” une image justement peu ordinaire. Inédit de la compilation “Ultimante Collection” qui sort aujourd’hui, comme tout ça est bien fait, “Love is Foud” est un peu arabisant avec un riff soutenu. Pour peu, sur scène, il aurait quelque chose de zeppelinien…

Parlons-en, de cette scène. Au départ un grand plateau nu, elle ouvre à toutes les possibilités. C’est de là, par une trappe escalier, que Sade fait son entrée et reviendra l’une ou l’autre fois. Des praticables, qui portent bien leur nom, font aussi surgir musiciens et instruments. Sans esbroufe, Sade donne aussi à voir. Sur “Bring me Home”, des images routières sont projetées sur l’écran tandis qu’un voile entourant toute la scène en capte d’autres, similaires. Petites trouvailles subtiles qui ne manquent pas de faire de l’effet.

A ce niveau, la présence de la chanteuse n’est pas mal non plus. Tenue très stricte au départ, puis chemisier blanc gilet noir, celle qui fut mannequin et travailla dans la mode revient cheveux lâchés et robe longue blanche pour Morning Bird” qui devient fourreau avec “King of Sorrow”. Il n’y a plus qu’à se laisser vamper, vampiriser… Voilée à souhait, sa voix donne souvent l’impression d’être en deçà de ses possibilités. Dans la succession “Smooth Operator” et “Jezebel”, elle libère tout son potentiel. Celui-ci est particulièrement émotionnel dans “Pearls”, qui parle d’une femme en Somalie. Compassionnelle, réconfortante (”By Your Side”), Sade s’en va, belle comme une Andalouse dans sa robe rouge, sur “Cherish the Day”, après deux heures hors du temps. Un ange est passé.

Dominique Simonet

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