Qu'y a-t-il de commun entre «Agrippina» de Haendel, «Don Giovanni» de Mozart ou «Midsummer Night's Dream» de Britten? Ces trois opéras ont été confiés par la Monnaie au metteur en scène David McVicar, passé dans le même temps de son statut de jeune prodige montant à celui de valeur sûre et établie du monde de l'opéra international. Ce qui n'empêche pas cet Ecossais à l'aube de la quarantaine de jouer volontiers les provocateurs ou les cyniques. Initiation.

Quel sens donnez-vous à «Midsummer Night's Dream» ?

Pour moi, il ne s'agit pas d'une histoire de mystère ni de nuit, c'est avant tout une histoire d'amour, et même une pièce d'initiation dans le même esprit que «Cosi fan tutte» : un voyage vers la connaissance de soi-même à travers une exploration stimulée par l'imagination. C'est une oeuvre où l'on apprend ce que représente l'amour d'une autre personne, et il ne faut pas surévaluer l'élément fantastique. En cela, l'oeuvre de Britten se différencie complètement d'oeuvres du XIXe siècle, et notamment de la musique de scène composée par Mendelssohn pour ce même «Songe d'une nuit d'été» shakespaerien: là, effectivement, tout se concentre sur le monde des fées. Cela dit, j'adore la pantomime, j'adore le magique, j'adore les contes de fées, mais ce n'est pas cela qui est essentiel ici. Il en va de même pour les contes de Grimm : le sens sous-jacent est plus important que l'aspect féerique en lui-même.

Est-il plus difficile de mettre en scène un opéra dont le livret est de Shakespeare ?

Non, pourquoi le serait-ce ? C'est le plus grand auteur de tous les temps. «Midsummer Night's Dream» de Britten ne ressemble pas aux Shakespeare de Verdi où vous devez composer avec cette réécriture italienne du XIXe siècle: ici, chez Britten, vous avez les mots précis de Shakespeare. Je peux faire réfléchir les chanteurs sur le sens exact du texte. C'est bon de pouvoir se raccrocher au texte, surtout pour les chanteurs stupides ! Je déteste devoir les nourrir à la petite cuiller. C'est pour cela aussi que je suis ravi de travailler ici avec des enfants : cela me donne quelqu'un d'intelligent à qui parler.

Vous avez plusieurs fois dit que votre rôle de metteur en scène était de conter des histoires...

Mais à quoi servons-nous si ce n'est à conter des histoires ? A dire vrai, je ne comprends pas ce que Robert Wilson fout encore dans des théâtres ! Désolé mais avec lui, personne ne joue, aucune histoire n'est racontée : je pourrais être dans une galerie à regarder une installation avec en fond le soundtrack d'«Aida» ! Il n'a plus rien fait d'intéressant depuis «The Civil Wars» dans les années 80. Non, écoutez, je suis un conteur. Et raconter une histoire n'empêche pas de laisser une certaine place à la critique sociale.

Combien de mises en scène faites-vous par an?

Cette année, six. Ce qui est beaucoup trop.

Y-a-t-il des oeuvres que vous n'accepteriez pas de mettre en scène?

Oui, «La Traviata» par exemple.

Pourquoi?

Parce qu'il n'y a pas de sexe ! (...) Allez, franchement, vous avez tant de productions où rien ne vous indique ce qu'elle fait vraiment pour gagner sa vie ! Et cette fin stupide... En outre, la musique de Verdi me semble souvent vulgaire. Et je n'ai pas envie de mettre en scène une oeuvre où je devrai travailler avec tel gros ténor italien qui va arriver avec dix jours de retard. La distribution est également un élément qui déterminera mon envie de me consacrer ou pas à un opéra.

Bruxelles, La Monnaie les 9, 11, 14, 17, 21, 23, 28, 29 et 31 décembre à 20h, les 19 et 26 décembre à 15h; 070.233.939, www.lamonnaie.be

© La Libre Belgique 2004