Musique & Festivals

Il est comme le bon vin, Alain. Il vieillit bien. A 68 ans (il en paraît dix de moins), quarante ans de carrière au compteur, Souchon a décidé de "faire son petit tour". "Petit" par sa configuration, le chanteur français voyageant juste avec deux musiciens. "Petit" aussi par la taille des salles visitées - lui qui remplit facilement Forest National -, mais point par leur nombre : sa feuille de route comprend pas moins de huit villes belges (1). Dont Huy, mardi, dans un centre culturel affichant complet.

Sur la scène, ni décor ni gadget. De l’éternel jeans/chemise de Souchon aux jeux de lumières, tout se joue en noir et blanc. Sobriété et subtilité. Elégance et nonchalance. La voix est bien mise en avant, habilement portée par les notes de Jean-Luc Leonardon (claviers, percussions) et Michel-Yves Kochmann (guitare). Le cadre idéal pour savourer pleinement les textes du (grand) parolier Souchon, qui picore partout dans son répertoire. L’occasion de voir s’y tisser quelques fils conducteurs : la nécessité de rêver, la vacuité du bling-bling, les dérives de la surconsommation, les dégâts de l’amour, l’éloge de la fragilité

C’est qu’il a le tour, Souchon, pour vous conter des histoires de gros durs dont l’univers ne tient qu’à un(e) fil(le) ("La Ballade de Jim"); de beaux capitaines qui cassent les fiancés ("Somerset Maugham"); de "mecs à frime" et autres gentlemen-menteurs ("Bidon").

Et puis, il a l’art, Souchon, de mettre les formes pour remercier ses compagnons de route, d’introduire joliment chaque chanson. De faire d’un concert un one-man-show délicatement décalé. Ainsi vous embarque-t-il dans un long exposé rigolo, passant du coq à l’âne, enfin du gastéropode au cerf avec détour par le sexe des anges, tout ça pour vous parler de l’amour et du sens de la vie.

La vie, mode d’emploi

Cette vie qui aujourd’hui "vaut moins cher qu’un iPod", chante l’artiste, en début de concert, dans "Rêveur" : un titre sur le "peace and love" passé à la moulinette de la loi du marché. "Avec les gens de ma génération, commente-t-il face à un public ad hoc (en majorité quinqua et sexagénaire), on se disait que le monde allait changer. En effet, il a changé : pour en profiter, il faut un mode d’emploi." Et de balancer "Putain ça penche" et sa vertigineuse liste de marques de luxe

A 68 ans, le capital sympathie de Souchon est intact. En un tournemain, il se met le public en poche. Il est piquant de voir l’honorable assemblée crier "J’ai dix ans [ ] Si tu m’crois pas hé, Tar’ta gueule à la récré." Ou reprendre en chœur "Foule sentimentale attirée par les étoiles" face à un chanteur qui joue tout sauf les stars.

Un petit bémol ? Le chant qui montre des faiblesses dans l’aigu. Il y monte rarement, ceci dit.

On l’aura compris : ce "petit tour"-là vaut le détour.

"Souchon fait son petit tour", encore au CC de Woluwe-St-Pierre ce 21/2 et à la Maison de la Culture de Tournai le 22/2 (concerts complets).