Musique / Festivals

Rien, chez Steve Lacy, n'a jamais été banal: ni son entrée en jazz, ni son intérêt exclusif pour le saxophone soprano, ni la rigueur de son jeu, ni son ouverture aux autres expressions artistiques. Né Steven Norman Lackritz le 23 juillet 1934 à New York, il est décédé vendredi 4 juin à Boston, des suites d'un cancer du foie.

Le jazz perd ainsi l'une de ses figures marquantes. S'il n'est pas le seul, Steve Lacy est l'un des rares jazzmen modernes à avoir fait ses classes dans le jazz traditionnel, le dixieland. Lui qui venait de la photographie - vendant des portraits de musiciens aux concerts - opère un nouveau bond après sa rencontre avec le free-jazzman Cecil Taylor. Avec ce pianiste allumé, il découvre Thelonius Monk, qui deviendra, pour le saxophoniste, une source d'inspiration inépuisable.

Entre-temps, comme une manière de transition, Lacy enregistre, avec le trompettiste Richard «Dick» Sutton deux disques significatifs: «Dixieland Goes Modern» et «Progressive Dixieland» (1954). Ensuite, que ce soit avec Cecil Taylor jusqu'en 1959, Gil Evans (1957), Monk lui-même, pendant quatre mois en 1960, le saxophoniste s'est toujours appliqué à dynamiter les barrières, maîtrisant cet instrument difficile qu'est le soprano, notamment à cause de sa sonorité volontiers nasillarde.

Comme beaucoup de ses pairs en musique libre, Lacy cherche asile en Europe à partir de 1965, finissant par s'installer à Paris jusqu'en 2001. C'est ici qu'il se frottera aux univers d'Enrico Rava, de Misha Mengelberg, Derek Bailey et de tant d'autres. Avec son compatriote Mal Waldron, lui aussi décédé, il a formé un duo fabuleux, que l'on entendit fréquemment en Belgique où résidait le pianiste.

Ici aussi, Lacy s'ouvre aux autres arts: ainsi accompagne-t-il la poésie (Brion Gysin, William Burroughs, etc.), la danse, la peinture, la sculpture. Depuis 2001, il enseignait au New England Conservatory de Boston. Avec John Coltrane, ce grand créateur est pour beaucoup dans le regain d'intérêt pour le soprano à partir des années nonante. Tous les jeunes adeptes du «strait horn» trouveront un modèle et une source d'inspiration dans les quelque 200 références que compte la discographie de Steve Lacy, qui témoignera à présent de sa grande importance artistique.

© La Libre Belgique 2004