Après le décès de Margaret Thatcher, quantité de chansons irrévérencieuses des années 1980 ont été exhumées sur internet, dont "Ding Dong! The witch is dead" (La sorcière est morte) que la BBC hésite à diffuser dans le cadre de son hit parade hebdomadaire sur Radio 1.

Une campagne menée par des anti-Thatcher, l'ancien Premier ministre britannique, décédée à 87 ans, a notamment propulsé la chanson, interprétée par Judy Garland dans le film de 1939 "Le Magicien d'Oz", dans le top dix officiel. Le tube s'est écoulé à 20.000 exemplaires selon l'Official Charts, organisme qui certifie les ventes de l'industrie musicale. Il devrait en conséquence être joué sur BBC Radio 1 dimanche dans l'émission The Official charts show.

"C'est une tentative de manipulation des hit-parades par des personnes qui essaient de faire passer un message politique. Beaucoup de gens vont trouver cela choquant et violent, et pour ces raisons, il serait mieux que la BBC s'abstienne de la jouer", a déclaré au Daily Mail John Whittingale, président conservateur de la commission pour la culture, les médias et le sport au Parlement britannique.

Charles Moore, biographe officiel de Mme Thatcher a donné sa lecture du phénomène, dans une interview à la BBC: "Ce qui se passe c'est que les médias --et en particulier la BBC qui a essayé pendant 24 heures d'être sympathique envers Mme Thatcher, mais n'a pas pu le supporter plus longtemps-- promeuvent jour après jour l'idée que Mme Thatcher est une figure qui divise, et que les gens salissent sa réputation en célébrant sa mort".

Mme Thatcher a toujours reproché à la BBC un parti pris gauchisant. Pour le nouveau PDG du groupe audio-visuel, Tony Hall, cependant, l'éventuelle décision de jouer "Ding Dong" à l'antenne relève d'une "décision éditoriale", et non politique.

"L'Official Chart Show dominicale est un compte-rendu factuel et objectif de ce que les Britanniques ont acheté et nous prendrons une décision pour la jouer quand les derniers classements seront avérés", a déclaré la BBC dans un communiqué jeudi. La BBC a dans le passé refusé de jouer des hits considérés comme choquants, tel "Je t'aime... Moi non plus", premier numéro un à être interdit sur les ondes, à cause de ses paroles explicites chantées en 1969 par Serge Gainsbourg et Jane Birkin.

Nombre de musiciens vedettes des années 1980 se sont par ailleurs réjouis de la mort de Mme Thatcher. Bobby Gillespie, le chanteur du groupe écossais Primal Scream, s'est déclaré "heureux", dans une interview à l'AFP jeudi à Paris. Morrissey, leader des Smiths et auteur en 1988 de la chanson "Margaret on the guillotine", a condamné l'action de cette dernière qui n'était qu'"un leader ni fort ni formidable", précisant qu'"aucune personnalité politique britannique n'a jamais été aussi méprisée par les Britanniques que Margaret Thatcher" dans un communiqué mardi.

Des protest songs des années 1980 ont par ailleurs été remis au goût du jour à l'approche des funérailles de Mme Thatcher, mercredi à Londres. C'est le cas d'un fameux 33 tours "Tramp the dirt down" (Piétinez la tombe) sorti en 1989. "Quand enfin on te mettra en terre/ Je me tiendrai sur ta tombe et la piétinerai", y chante Elvis Costello. Le tube fait partie de la playlist créée par le blog Red Pepper, qui se présente comme "un magazine de révolte et de dissidence politique".

Au programme : "Maggie Maggie Maggie (out out out)" du groupe The Larks, "The day that Thatcher dies" (le jour où Thatcher mourra) par Hefner, qui comprend ces paroles : "Nous rirons le jour où Thatcher mourra/Même si nous savons que ce n'est pas bien/ Nous danserons et chanterons toute la nuit". Le blog cite aussi "Kick out the Tories" (dégage les Conservateurs) de Newtown Neurotics et "Maggie's last party" de V.I.M.

Le Premier ministre David Cameron et le chef de l'opposition Ed Miliband, se sont l'un et l'autre élevés contre les diverses manifestations "déplacées" à l'occasion du décès de Mme Thatcher.