La 9ème édition du plus grand festival de musique électronique du monde s'est refermée dans la nuit de dimanche à lundi. Avec un bilan fait de satisfactions et de chiffres mirobolants. 180,000 clubbers et 35,000 campeurs ont encore les neurones qui s'entrechoquent après trois soirées de folies des grandeurs, mais tous ont fait des provisions de souvenirs pour l'hiver. Leur Tomorrowland d'amour a tenu ses promesses. La grande récré du monde civilisé où l'on s'oublie le temps d'un week-end aux joies de l'errance et des pistes de danse. Pourtant, si d'aucuns la décrivent comme une grande fête intergalactique, d'autres seraient tentés de la qualifier de plus grosse beauferie de l'univers.

Au «pays de demain» global, le must reste d'arborer son drapeau national. Les demoiselles aiment s'y emmitoufler pour mieux représenter. On y vient pour draguer, se faire mater, poser, être filmé, photographié... Souvent pour exposer ses biscotos, son bronzage, sa plastique de gogo ou ses beaux tatouages tribaux. Cet été, on y aura encore croisé toutes sortes d'énergumènes déguisés, des saugrenus bébés bodybuildés (tétine, couche et bavoir compris) aux classiques Stormtroopers de Georges Lucas, sans oublier les têtes de cheval en peluche et les ridicules lunettes à moustaches. On y aura célébré le grand retour du mini-short, rouge, jaune, vert, bleu, doré, pailleté, argenté ou clouté. De quoi colorer un peu plus un tableau aux tons déjà criards.

Ce qu'on aime aussi à Tomorrowland, c'est crier, être ultra-motivé et lever les bras en permanence pour entrer en communion avec le DJ. Des maîtres de cérémonies qui, étrangement auront eux aussi copieusement exposé leurs aisselles, peu soucieux d'actionner les platines. Après tout, on n'y vient pas pour la musique, mais pour goûter à une ambiance à nulle autre pareille. Comme tous ces festivaliers aux sourires extatiques, nous étions enthousiastes dans les premiers instants... Mais très vite, la drogue, l'alcool, la fatigue et l'obscurité aidant, la fiesta Mtv prend des allures d'after glauque des Lokerse Feesten.

La fameuse Church of Love, que nous avons retrouvée avec la même circonspection que l'été dernier, est un peu à l'image de Tomorrowland. Pour rappel, en dix minutes chrono, on s'y envoie en l'air avec la bénédiction et les préservatifs de l'organisation. Un nid d'amour littéralement délabré, où l'on atteint moins facilement l'orgasme qu'une MST. Nombre de rageux ont beau critiquer les excès du Dour Festival, l'on n'y offre quand même pas ce genre de possibilités.

Si, à trop y regarder, on finit par haïr le gigantisme de ces décors de carton-pâte oppressants, le point fort des lieux réside néanmoins dans leur féérie. Loin des tracas du quotidien, l'adulte y redevient enfant. Comme à Meli, lorsqu'on y jette un déchet, on s'attend presque à ce que les poubelles nous répondent «Merci». Ici, tout le monde sourit. Il flotte un doux parfum d'aisance, d'insouciance, de gaieté et de tolérance. Ainsi, pour vous, on a testé "se balader à Tomorrowland en jeans, souliers pointus et t-shirt noir à tête de mort". Juste pour voir l'effet. Pas le moindre globe-trotteur ne nous a dévisagé. Aucun regard de travers, tout au plus amusé de voir une autre espèce les rejoindre à bord de leur joyeuse arche de Noé.

Dans cette étrange adversité, c'est sur le plancher de la tonnelle Café d'Anvers et au chevet des artistes de l'écurie Minus que nous nous sommes réfugiés. Et nous avons passé une fort agréable soirée, ponctuée par une prestation atomique du patron Richie Hawtin. À l'abri de la Main Stage rutilante, où s'installaient 4h durant David Guetta, pape de l'eurodance dégoulinante. Nous y avons laissé ce joli couple de hippies australiens les yeux dans les nuages. Lui titubant, torse nu et grimé. Elle, en indienne sauvageonne, les joues peinturlurées. Sales, éméchés, crevés mais pressés l'un contre l'autre et amoureux comme jamais. Juste heureux de pouvoir une fois de plus l'affirmer: "Tomorrowland, on y était.."