La 11e édition de Tomorrowland, le grand rendez-vous de la musique électro, a pris fin dimanche. Le succès était déjà assuré puisque les 180 000 tickets avaient trouvé preneurs en moins d’une heure voici des semaines.

A côté des noms des plus prestigieux DJ de la planète, on avait épinglé celui de l’Orchestre national de Belgique (ONB) et son pari pour le moins risqué : se produire sur une des scènes du temple de l’électro.

Surprise

Il est 13h50. Les instruments sont installés, mais ce qu’on entend encore ce sont les "boum boum" des scènes adjacentes. Le public se rassemble progressivement devant la scène jusqu’à remplir totalement le "parvis", ainsi que les balcons qui entourent cette dernière. On se croirait presque à l’Opéra, sauf qu’on est ici en plein air, que les gens boivent de la bière et sont majoritairement habillés en vert, jaune ou rose fluo.

A 13h55, les musiciens font leur entrée. Les applaudissements et les acclamations résonnent. On n’a jamais vu autant d’artistes sur une scène dans un festival électro. L’orchestre symphonique joue des œuvres classiques comme le "Bolero" de Ravel, mais aussi des reprises électro d’Armin Van Buuren, de David Guetta ou d’Avicii. "C’était le but du jeu, ne pas cloisonner et enfermer dans des petites boîtes, mais plutôt les ouvrir et de tout mettre dans une grosse boîte", explique Fabio Sinacori, le responsable de la production artistique de l’ONB. Le public réagit, applaudit en rythme, siffle de joie et chante en chœur. On est loin du silence feutré des salles d’opéra. "Je ne vais pas mentir, ce n’est pas facile pour les musiciens, avoue Fabio Sinacori, ce ne sont pas des conditions classiques. Mais voilà, on a pris un risque. Si on ne prend pas de risque, on ne vit plus."

Symphonie miraculeuse

Si certaines situations ont donné du fil à retordre aux musiciens, sur scène, en revanche, l’enthousiasme du public est une véritable surprise et une joie, confie le responsable de l’orchestre : "c’est extraordinaire. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Je trouve leur réaction très spontanée et très sincère. Je suis heureux de découvrir cela." Le chef d’orchestre, le maestro Stefan Blunnier, a aussi été surpris que les gens connaissent les œuvres classiques et qu’ils chantent dessus. "Ici, le bruit du public augmentait l’atmosphère. Si on n’avait pas eu de réactions, ça n’aurait pas été un succès", confie-t-il.

"C’est fou !"

Qu’on aime ou qu’on déteste le classique ou l’électro, cet instant avait quelque chose de magique. Ce lieu atypique est apparu comme le parfait endroit pour réunir ces deux mondes. La musique classique s’accorde parfaitement aux décors fantastiques et colorés du festival. "Je n’ai jamais été à l’opéra, explique une festivalière, je ne déteste pas la musique classique mais je n’en écoute pas. Là, c’était magique." Et le commentaire que l’on entend le plus en tendant l’oreille est sans appel : "C’est fou ! C’est tout simplement fou ce qu’il se passe ici !" Pour le final, l’orchestre a interprété l’hymne du festival composé l’an dernier par le grand compositeur de musiques de films Hans Zimmer à l’occasion de la 10e édition de Tomorrowland. La chanteuse Iris Luypaers est montée sur scène accompagner l’ensemble et proposer une interprétation à couper le souffle. Le concert terminé, on a conscience d’avoir vécu un moment unique qu’on ne peut partager qu’avec ceux qui y ont assisté. Une expérience réussie qui ne sera sûrement pas la dernière, a confié Fabio Sinacori.