L’opéra est un art qui se prépare longtemps à l’avance. Et qui s’accommode donc moins encore que d’autres formes culturelles de ces temps de pandémie. En octobre dernier, après six mois d’hibernation forcée et six semaines de répétitions, la Monnaie avait rouvert ses portes pour accueillir, avec toute une batterie de mesures sanitaires, les artistes et les spectateurs pour la première en ses murs de Die tote Stadt de Korngold. Las ! Dès le lendemain, la Région de Bruxelles imposait la fermeture des lieux culturels. Depuis, le Falstaff prévu pour ce mois de décembre a été annulé également. Et la suite reste bien incertaine.

Trois "clusters"

Tant et si bien que, hier, la direction de la Monnaie a pris les devants pour annoncer une saison (très) allégée et reconfigurée. Car, quand bien même les théâtres pourraient reprendre en février ou en mars, des retards ont été pris dans la réalisation des costumes de Bastarda, le pasticcio en deux soirées prévu au départ des quatre opéras Tudor Queens de Donizetti. Impossible de l’envisager encore pour cette saison (ce sera pour 2023), mais les artistes engagés seront répartis sur d’autres projets. Peter De Caluwe annonce trois "clusters" (sic !) autour de Mozart, Britten et l’opéra italien.

Mozart, ce sera une version semi-scénique du Schauspieldirektor en février (l’œuvre est brève et sans entracte, une heure maximum) mais aussi un concert "Mozart Academy" autour de Raphaël Pichon et Sabine Devieilhe. Britten, ce sera le Turn of the screw avec Ben Glassberg et Andrea Breth, opéra qui ne requiert de toute façon qu’un effectif réduit et tombe donc à pic : reporté à avril, il sera donné en parallèle de deux programmes symphoniques "nordiques". L’opéra italien enfin, ce seront deux concerts (répétés trois fois) avec des extraits de l’Elisabetta, Regina d’Inghilterra de Rossini, d’une part, de La Favorite de Donizetti, d’autre part, mais aussi et surtout une nouvelle production de Tosca commandée pour juin : c’est que, explique le patron de la Monnaie, le célèbre opéra de Puccini est Covid-proof, ne comportant pour l’essentiel que des duos. Les chanteurs pourront donc rester à distance et, si l’orchestre sera en formation réduite dans la fosse, les chœurs chanteront depuis leur salle de répétition du 7e étage avec retransmission sonore par fibre optique dans la salle.

Et puisque à quelque chose malheur est bon, ayant vu ses dépenses se réduire plus encore que ses recettes, la Monnaie terminera l’année 2020 avec un léger bonus. Qui sera réinvesti dans la production des spectacles à venir.

Programme modifié sur www.lamonnaie.be