Musique / Festivals

Il était une fois... Pourquoi ne pas commencer ce papier comme le veut la tradition lorqu'il s'agit de contes de fées ? Parce que l'histoire de Couleur café émarge bien à cette catégorie. Il était une fois donc un Bruxellois nommé Patrick Wallens qui, après avoir fondé la première école de djembé du pays, eut envie de mettre sur pied un festival. Pas un de ces rassemblements de plein air où l'on se bouscule pour voir des têtes d'affiche anglo-saxonnes, plutôt un événement métissé et convivial, les deux maîtres-mots, qui refléterait en quelque sorte la diversité du tissu social bruxellois. Il est vrai qu'à l'époque, en 1990 donc, ce qu'on appelle la "world music" devient à la mode. La première édition se tient dans les Halles de Schaerbeek et voit défiler, notamment, sur la scène, Papa Wemba, Angélique Kidjo, Mamady Keita et déjà Zap Mama. Beau petit succès pour une première édition : 5 300 entrées. Les trois années suivantes confirmeront que Bruxelles attendait ce lieu mélangeant concerts de musique africaine, afro-cubaine et reggae, souk, artisans, fanfares et resto. En 1994, le festival prend de l'ampleur en déménageant sur le magnifique site de Tour et Taxis et profite de ce décor exceptionnel pour donner une tournure plus urbaine à son affiche comme en témoigne la venue des rappeurs d'IAM cette année-là.

La suite coule de source, au fil des années 90, l'événement prend de l'ampleur et devient un des grands rendez-vous festif de la capitale. Avec le XXIe siècle, arrive le temps des sold-out. L'espace s'agrandit donc encore mais se fixe une limite : 70 000 personnes sur trois jours. Au-delà de cette limite, adieu la convivialité qui fait la différence avec la plupart des autres rassemblements musicaux de l'été.

Pour ce qui est du métissage, il est toujours présent. Premièrement, dans un programme, qui ratisse pourtant de plus en plus large en incluant la musique électro, la nouvelle vague des groupes francophones (Malibu Stacy et The Tellers cette année) mais aussi des stars des hit-parades comme Kelis ou Sean Paul. Une diversification qui ne plaît pas aux puristes de la "world" mais qui est obligatoire quand il s'agit d'attirer du monde pour pouvoir continuer une aventure qui a une telle proportion. Patrick Wallens a failli l'apprendre à ces dépens en 2004 lorsque la 14e édition se termina sur un gouffre financier. L'organisateur ne cache d'ailleurs pas qu'il ne cherche pas à "intellectualiser" sa démarche et que "grand public" n'est pas une insulte pour lui qui a toujours voulu éviter que le festival ne s'adresse qu'à un cercle restreint d'initiés. La recette de ce plat épicé et savoureux qu'est Couleur Café n'est pas plus compliquée que cela.

Reste à voir combien de temps lui et toute son équipe pourront encore l'appliquer. Le site Tours et Taxis finira bien un jour par être construit, il sera peut-être temps alors d'émigrer vers d'autres cieux. Voire de tout remettre à plat et repartir de zéro. Mais n'anticipons pas, profitons de l'instant présent et ne pensons pas à demain. Parce qu'une fois qu'on a mis le pied sur le site, demain c'est loin.

P.D.G

Qu'elle semble loin la première édition aux Halles de Schaerbeek et ses 5 300 spectateurs. Avec, désormais, un public 13 fois plus nombreux, le festival continue à obéir à ses maîtres-mots : métissé et convivial.

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