Stromae a annulé le concert qu’il devait donner ce samedi à Kinshasa. Suite à une "urgence médicale" qui a nécessité son retour précipité en Europe a fait savoir Alain Yav, l’administrateur directeur général de Pygma, la société en charge de promouvoir l’événement dans la capitale congolaise. Une urgence médicale qui devrait a priori susciter l’inquiétude sur l’état de santé du chanteur belge, mais qui pourrait aussi n’être qu’un prétexte, une excuse "diplomatique" cachant une tout autre histoire, ce que plusieurs sources congolaises confirment.

Les artistes dans le collimateur

Le chanteur, qui s’est produit à Brazzaville mercredi, devait traverser le fleuve Congo jeudi matin pour se rendre en RDC, ce qui n’a pas pu être fait. Il y a manifestement eu un problème de visas concernant une partie de l’équipe technique qui entoure l’artiste lors de cette première tournée africaine.

Un oubli ? Ce serait étonnant quand on sait que le chanteur a déjà donné plusieurs concerts sur le continent africain depuis le 13 mai et quand on connaît le professionnalisme de ceux qui sont à ses côtés. En revanche, Stromae et son équipe pourraient avoir fait les frais de ce qu’on appelle la réciprocité diplomatique. Depuis des années, les pays européens ont durci leur politique de visa vis-à-vis de plusieurs pays africains, notamment le Congo. Pour ce pays en particulier, les diplomates européens surveillent particulièrement les demandes de visa des artistes après plusieurs cas où un musicien congolais connu demandait des visas pour une nombreuse troupe d’accompagnateurs, dont une partie était en réalité des quidams ayant payé à la vedette de 1 500 à 3 000 dollars pour pouvoir se faire passer pour un de ses musiciens - et émigrer ainsi clandestinement en Europe.

Papa Wemba s’était ainsi fait arrêter en 2003 à Paris, où il avait fait près de quatre mois de prison. En 2004, il avait été condamné à 30 mois de détention, dont quatre ferme - déjà purgés - et 10 000 euros d’amende pour "aide au séjour irrégulier de clandestins sous couvert d’activités musicales".

Des menaces sur la famille ?

D’autres informations évoquent une question de nature plus inquiétante : celle de menaces proférées à l’encontre de la famille de Stromae en Belgique par les "combattants", autrement dit les Congolais hostiles au régime du président Kabila. Il faut savoir qu’avant la présidentielle de 2011, jugée non crédible par les observateurs, le président Joseph Kabila avait financé la plupart des grosses pointures musicales congolaises pour que ces artistes chantent sa gloire - ce qu’ils avaient fait sans état d’âme, il faut bien vivre. Cela a provoqué la colère de l’opposition, surtout en Europe où de petits groupes, à Londres et à Bruxelles notamment, ont mis un point d’honneur à s’en prendre physiquement à tous ces artistes lorsqu’ils venaient se produire en Europe. Tant et si bien que ceux-ci ont généralement renoncé à programmer des concerts dans les villes européennes où les opposants congolais sont nombreux, de peur d’être victimes de destructions ou sabotage de concerts.

L’hostilité à l’égard du Rwanda

Autre explication évoquée : les origines de Stromae. Il est né de père rwandais et ce dernier a été tué durant le génocide de 1994. C’est suffisant pour susciter l’hostilité ouverte ou latente de nombreux Congolais, qui ne supportent pas que leur grand pays soit tenu militairement en échec par le Rwanda, cent fois plus petit (guerres de 1996-97 et 1998-2003). Si le temps des pogroms anti-rwandais semble révolu, au Congo, les citoyens du pays voisin savent qu’il vaut mieux pour eux se faire discrets, à Kinshasa, s’ils ne veulent pas risquer un mauvais coup.

Sans apporter de commentaires sur l’état de santé du chanteur, la société de production Auguri a indiqué qu’à ce stade le concert programmé le 20 juin à Kigali est maintenu.