Et Dieu créa le gendre idéal. Pour une mystérieuse et insondable raison, il le fît naître à Pau, dans le sud de la France, il y a un peu plus de 29 ans. Dès ses premières années, l’enfant est souriant, volontaire, intelligent, pratiquant sans être dogmatique, et d’une profonde gentillesse sans sombrer dans la niaiserie. En élève appliqué, le jeune homme "monte sur Paris" à sa majorité, apprend la rigueur à Saint-Cyr, le management à Londres, et même le stylisme pour éviter d’aller s’enfermer dans les chiffres. C’est l’ultime touche divine : taillé pour un parcours d’énarque, monsieur se voit artiste. La liberté l’emporte sur le carriérisme, le romantisme sur le pouvoir. Vianney Bureau se révèle avec une première série de chansons en 2014, rafle le prix d’interprète de l’année aux Victoires de la musique deux ans plus tard, avec un deuxième album éponyme, et jouit, en un rien de temps, d’une immense popularité à travers toute la France.

On en est là, aujourd’hui. Pas question de prendre la grosse tête, évidemment, ça ne collerait pas. Le profil de l’artiste est à ce point propret, qu’on aimerait presque le coincer, le trouver désagréable, l’entendre balancer une méchanceté, scandaleusement maltraiter un membre de son équipe, ou tousser ailleurs que dans son coude, pour révéler l’homme infâme derrière le personnage trop parfait. Mais le chanteur est sympa, dispos, affable, lucide sur son parcours et raccord avec son image. Vianney est un cœur d’artichaut qui se livre sans fard, un rêveur qui s’assume, dans la plus grande tradition des chanteurs populaires. N’attendons pas (Pias) n’est autre qu’une grande et généreuse déclaration d’amour à sa femme, sa famille, ses amis, tous ceux qui croisent ou ont croisé sa route. On aime ou on déteste. Les uns seront agacés par ce déluge de bons sentiments, le côté "youpie, je suis amoureux, la vie est belle et les gens sont gentils". Les autres y trouveront une oasis d’optimisme, de bonnes ondes, de sentiments sincères et d’altruisme, dans un monde où ces valeurs laissent bien souvent la place à l’intolérance et au cynisme.


Vous êtes un peu le beau-fils rêvé, cette image est-elle parfois lourde à porter ?

Oui, on me l’a déjà dit (rire timide). Je comprends que les gens disent ça, et je trouve ça plutôt sympa. C’est le jeu, quand tu t’exposes médiatiquement, d’être réduit à une image. Ça rassure tout le monde. C’est sûr que je serai toujours en jeans, basket, chemise à carreaux. J’adore les artistes qui ressemblent à des artistes, mais ce n’est pas mon cas, peut-être que je ressemble plus à un fleuriste ou un comptable, mais ce n’est pas de ma faute. Moi, je veux livrer des histoires, des chansons, et ça m’obsède jour et nuit. Le reste, je n’ai pas trop le temps d’y penser.

Le succès est arrivé très rapidement, comment l’avez-vous digéré ?

J’étais tellement concentré sur l’idée de progresser, que je suis constamment resté dans le moment présent. Quand on s’accroche à cette idée-là, le combat est plutôt sain. Je ne cherchais pas la notoriété, mais des choses nouvelles, que je ne maîtrisais pas. Je pense que les gens ont aimé mes chansons, et je pense que c’est entre autre dû à une chose : la sincérité. Je peux être décevant, mais je suis toujours sincère. Peut-être que le public se sent bien avec cette idée-là, le mec dont le nom est sur la pochette de l’album, le ticket de concert et la scène est une seule et même personne.


Quand on a un univers aussi identifiable et populaire, faut-il chercher à se réinventer ?

Je n’étais pas du tout programmé pour vivre toute cette aventure-là, alors j’aime bien l’idée de proposer une évolution, d’être de plus en plus exigeant. J’ai passé plus de temps sur l’écriture cette fois. Sur le plan mélodique, j’ai élargi les choses, je me sers d’une palette de tessitures beaucoup plus vaste que par le passé. L’enregistrement de l’album, lui, est parti d’une démarche beaucoup plus solitaire, les arrangements ont encore été dénudés. L’idée, c’était d’avoir quelque chose d’absolument lisible, évident, frontal. Ça ne veut pas dire grossier hein, j’essaie de rester raffiné, mais j’aime le sentiment d’évidence, que le résultat transpire la facilité.

Cet album sonne comme une grande déclaration d’amour…

Oui, vous avez raison. Je pense qu’avec le temps, je perds en pudeur, y compris en chanson. Je suis plus direct, dans ce que je raconte comme dans ce que je ressens. Pourtant je n’ai pas changé, ma manière de livrer mes histoires est simplement moins filtrée qu’auparavant, donc, nécessairement, ça ressemble à un cri d’amour.

Vous êtes fondamentalement un éternel amoureux ?

J’aime quand les choses sont simples, en fait. Je viens d’une famille recomposée, mais j’aime bien l’idée qu’on choisit. Moi je pense avoir choisi et pour toujours. C’est vrai que je suis dans une optique de long terme tout le temps, que ce soit en amitié, en amour, en propos. Les gens avec qui je travaille sont les mêmes depuis le début. J’aime construire et garder. Aujourd’hui, on appelle sans doute ça une vision romantique des choses. Moi je trouve juste que c’est une vision simple de la vie.


"Je pense que les artistes sont là pour donner du souffle, de l’espoir à travers leurs chansons et leurs idées"

Compte tenu de son parcours, on verrait bien Vianney se retirer de la chanson d’ici quelques années pour passer à autre chose, se lancer dans une tout autre activité. "Oui, j’aimerais beaucoup, confirme l’intéressé. Je sais que je ne me contenterai pas toujours de la musique, mais que j’en jouerai éternellement. Même si j’ouvre une boutique de robes ou si je travaille dans la couture, parce que j’adore ça, je continuerai à écrire des chansons pour moi, sur le côté."

Pour l’instant, de toute façon, tous nos projets sont mis de côté, comment le vivez-vous ?

Personnellement, tout se passe très bien, mais, professionnellement, je ressens beaucoup de tristesse pour plein de gens. Après, notre rôle n’est pas de véhiculer de la tristesse. Je le pense vraiment, on est là pour essayer de donner du souffle, de l’espoir à travers nos chansons et nos idées.

Cette approche est-elle inhérente à votre personnalité ?

Disons que j’ai un goût énorme pour la lumière, je la recherche depuis toujours, dans tous mes textes. Même une chanson triste peut être lumineuse, et il y en a sur ce disque.

Vous êtes catholique, pratiquant et assumé, c’est devenu atypique chez les moins de trente ans…

Oui, très clairement, les rebelles de ce siècle sont ceux qui croient en ces écrits-là. Après, beaucoup de gens ne croient pas en Dieu mais en autre chose. Beaucoup de copains à moi sont ultra-politisés par exemple, et j’ai l’impression que ça occupe beaucoup plus de place dans leur tête que Dieu dans la mienne. Une artiste qui parle très bien de ça, c’est Diams (ancienne rappeuse française, convertie à l’islam, NdlR). Elle a écrit un très beau livre dans lequel elle explique que quand elle était perdue, au fond du trou, elle a croisé une fille qui lui a parlé de sa foi, sans essayer de la convaincre. Elle lui a juste dit "si tu veux, tu peux prier avec moi". C’est comme ça que Diams est devenue musulmane. Croire a été son refuge, il ne faut pas blâmer les gens qui trouvent refuge là-dedans, c’est très beau.


Aujourd’hui, la société penche davantage vers la laïcité, comment le vivez-vous ?

Honnêtement, je me vois comme un catho laïque. Je déteste quand les gens emmerdent les autres avec leur religion et je préfère une société laïque dans laquelle il y a la place pour tout le monde. Je pense que l’important, c’est de véhiculer des valeurs, pas des croyances. C’est tellement personnel, intime, que mes croyances je les garde pour moi.

Vous serez membre du jury dans la prochaine saison de "The Voice" en France, pourquoi rejoindre ce programme ?

La production me proposait d’intégrer l’émission depuis trois ans, mais ce n’était jamais le bon moment. Je n’étais pas prêt. Mais j’ai passé tellement de temps en studio ces derniers temps, que je suis prêt et je sais que je vais aimer ça, passer du temps avec un jeune talent qui n’est pas du métier pour en tirer le meilleur.

Ça fait des années qu’on cherche "La Voix" dans toute une série de pays. Le concept a-t-il encore du sens artistiquement ?

Moi je trouve que c’est un show qualitatif. C’est ça, aussi, qui m’intéresse, je connais pas mal de musiciens qui jouent là et ça joue grave ! Il y a toujours des choses à faire, on peut encore être audacieux à The Voice, la production vous laisse une vraie liberté. Et puis je trouve que ça apporte énormément aux jeunes artistes. Est-ce que ça suffit pour percer ? Non, ça ne suffit jamais, mais c’est une exposition qui est déjà exceptionnelle. Même nous, les chanteurs de métier, on aimerait parfois avoir l’exposition qu’ont les candidats là-bas (rires).

Vianney, "N’attendons pas" (Pias) sortie ce vendredi 30 octobre.

En concert le 13/04/2021 à l’Ancienne Belgique et le 03/03/2022 à Forest National.