Musique / Festivals Superbe production de "Lohengrin" signée David Alden.

Pluralité de l’opéra ! Quelques mois à peine après le superbe Lohengrin d’Altinoglu et Py à la Monnaie, alors que la salle bruxelloise est accusée, non sans raison, de trahir Mozart avec une Flûte enchantée qui est avant tout de Castellucci et que l’Opéra de Liège démontre qu’un bon Verdi sans grande invention théâtrale peut émouvoir par le seul pouvoir de la musique, l’Opéra flamand (ré)concilie tradition et modernité.

Tradition parce que la mise en scène de David Alden venue du Covent Garden de Londres raconte fidèlement l’histoire du mystérieux chevalier venu sauver Elsa avant d’être contraint à l’exil parce que la question de ses origines a quand même été posée. Mais aussi parce que la partition de Wagner est magnifiquement servie par Alejo Perez et l’Orchestre de la maison flamande : après un prélude un peu prudent, le jeune chef argentin qui sera dès la saison prochaine le nouveau directeur musical de l’Opéra anverso-gantois montre des qualités de netteté, d’engagement et de tension dramatique qui font merveille. Et enfin parce que la distribution est de très bon niveau : Zoran Todorovich, timbre parfois ingrat mais intonation très sûre et engagement sans faille dans le rôle-titre, Liene Kinca Elsa attachante et vaillante nonobstant un aigu parfois imprécis, Craig Colclough excellent Telramund et Irene Theorin éblouissante pour ses débuts en Ortrud.

Entre nazisme et communisme

Modernité parce qu’Alden inscrit l’action dans un milieu de XXe siècle entre nazisme et communisme, avec un Lohengrin aux allures de gourou new age venu du futur (les années 80 ?), avant de repartir vers le passé sous des armures médiévales. Parce que les décors en briques brunes de guingois et sans cesse remodelés de Paul Steinberg sont tout sauf poussiéreux. Et surtout parce que le metteur en scène, aussi virtuose et rigoureux dans la direction des solistes que dans la gestion des chœurs, réussit à explorer comme peu avant lui l’intensité de la relation entre Telramund et Ortrud ou à bouleverser avec la renaissance finale de Gottfried, le jeune frère d’Elsa, sans oublier au passage de poser les vraies questions sur le sens de l’œuvre.Nicolas Blanmont

>> Gand (jusqu’au 28.9) et Anvers (du 7 au 23.10) ; www.operaballet.be