Rock Werchter: le bon (Albarn), les brutes (Metallica) et le truand (Gesaffelstein)

Jeudi soir, à Werchter, ce sont les cris de Robert Plant qui nous escortaient jusqu'aux abords de la nuit. Et si la chevelure d'argent de l'hôte trahit sur lui le passage des années, sa voix légendaire, elle, n'a pas pris une ride.

Rock Werchter: le bon (Albarn), les brutes (Metallica) et le truand (Gesaffelstein)
©JC Guillaume
Nicolas Capart

Jeudi soir, à Werchter, ce sont les cris de Robert Plant qui nous escortaient jusqu'aux abords de la nuit. Et si la chevelure d'argent de l'hôte trahit sur lui le passage des années, sa voix légendaire, elle, n'a pas pris une ride. Quand le Britannique explore ses compos d'après '80, donc réalisées loin du Zeppelin, la foule écoute presque religieusement, fascinée mais point enflammée. Quand plus tard retentissent les premiers rifs de “Whole Lotta Love”, tous se lèvent comme un seul homme. Moment fort à coup sûr de ce quarantième cru. Mais il est l'heure de rejoindre Damon.

Il était ici l'an dernier pour l'énième ultime tournée de Blur. Le revoilà dans la place pour étrenner son magnifique album “Everyday Robots”. Avec lui, l'Anglais a réussi le coup de maître d'être aussi grand en solo qu'en équipe. Voire encore plus inspiré. Loin des démons de midi, Damon Albarn respire la sérénité. En témoigne ce déhanché funky accompagnant son arrivée. Et l'enchaînement déjà dans les hauteurs avec “Lonely Press Play”. Damon hurle, les filles crient. À 46 ans, il est la preuve vivante qu'on peut avoir un petit bide à bières et demeurer sexy. Un espoir pour tous les messieurs briochés. Bon, il faut accessoirement être une rock star, avoir un talent fou et un regard touchant de petit garçon un peu paumé... Mais, au moins, on peut s'abreuver.

Batterie minimaliste, sample effervescent, délicat phrasé, ici tout est volupté. Après s'être assis un temps derrière le piano – c'est souvent ainsi que l'artiste fait le beau – , Albarn puise quelques titres de Gorillaz dans la manne populaire. “Tomorrow Comes Today”, musclé mais plus aérien que rythmé, histoire de rester dans le ton. Puis “Kids With Guns” au final explosif pour changer de direction. Plus tard, l'incontournable “Clint Eastwood”, bardé d'un emcee d'opérette (Del The Funky Homosapian nous a manqué). Un peu de reggae aussi, des chœurs, pas mal de sueur et une touche romantique. Ne reste ensuite plus qu'à enfiler les perles du petit dernier, avec en point d'orgue “Hostiles”, toujours aussi miraculeux, gratté en acoustique.

Sur la Main Stage, les gars de Metallica s'échauffent les menottes. Et entrent dans la lumière sur un extrait du «Bon, la Brute et le Truand». Une prestation qu'attendent trépignant des milliers de fanatiques, spécialement venus pour l'occasion. Mais les Américains occuperont les planches un bon moment, ce qui nous laisse du temps pour un rendez autrement plus charmant. Celui que nous fixent Emily, Theresa, Jenny Lee et Stella sous la grange. Deux blondes, deux brunes, un quatuor de L.A. nommé Warpaint. La concurrence fait qu'on ne se presse pas à leur chevet. Qu'importe, il en restera plus pour ceux qui se sont déplacés. Tribale, sensuelle, presque shamanique, la musique des donzelles invite à l'abstraction. Des structures éclatées où l'on cherche parfois la mélodie. Un rien de cacophonie aussi. Elles, ondulent comme des anguilles. Et nous hypnotisent de leur “Love is to Die”. Une chose est sûre, cette mort-là ne nous effraie pas.

Alors que l'imposture du Français Gesaffelstein, spécialiste des montagnes russes électro, ne souffrent plus d'aucune discussion sous la Barn, dans la plaine les guitares tonnent encore très fort. Deux heures trente se sont écoulées et, sur la scène principale, Metallica scie toujours du bois. C'est la sixième fois que le groupe s'ébroue ici, un score qui les place sur la seconde marche du podium de l'assiduité. En fin de parcours, la douceur de “Nothing Else Matters” alterne avec l'électricité de “Enter Sandman”. Les vétérans envoient du lourd. Et donnent la réplique à une chorale de 80,000 festivaliers. De loin, le tableau est parfait. Des dinosaures du rock, Werchter restera toujours le foyer.