Hasquin renvoie la balle aux culturels

En quatre ans, il y eut sept ministres de la Culture. Certains parlent même de neuf! Mais Hervé Hasquin, lui, est resté tout le temps ministre-Président de la Communauté française. Il est donc le mieux placé pour tenter d'expliquer pourquoi la culture aujourd'hui crie famine.

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© Pirard
MONIQUE BAUS

En quatre ans, il y eut sept ministres de la Culture. Certains parlent même de neuf! Mais Hervé Hasquin, lui, est resté tout le temps ministre-Président de la Communauté française. Il est donc le mieux placé pour tenter d'expliquer pourquoi la culture aujourd'hui crie famine. L'ORW reçoit un contrat-programme qui ne tient pas compte des promesses faites par Miller et Ducarme. Charleroi/Danses ne peut plus assurer la Raffinerie bruxelloise, le Théâtre National n'a pas un franc de plus pour sa saison inaugurale.

Pourquoi la culture est-elle à nouveau si pauvre?

Mais il n'y a jamais eu autant d'argent pour la Culture. J'ai ici les vrais chiffres, venus de chez Daerden, un ministre socialiste. Le budget 2004 initial comprend pour la culture (hors RTBF) 20,9 pc de plus que celui de 1999. Alors que l'enseignement dans le même temps ne s'est accru que de 14,5 pc et que le budget total a augmenté de 16,4 pc seulement. Il y a donc eu refinancement de la Culture. Et pour l'avenir, on ne pourra pas faire plus que ce que permettent les marges de refinancement. Je vous montre, ici aussi, les vrais chiffres. Lorsqu'on avait négocié, à la St Boniface, on prévoyait un refinancement progressif de la Communauté jusqu'à atteindre 168 millions d'euros de plus en 2010. Mais depuis lors, la conjoncture s'est retournée et les marges ont été écrasées pour tous. Elles ont diminué de 63 pc pour 2004 et seront diminuées chaque année de 20pc au moins. A cela s'ajoute que l'enseignement bénéficie, lui, d'augmentations automatiques qui mangent encore ces marges (NdlR: lire aussi page 8).

Le ministre Ducarme réclamait un doublement du budget de la Culture...

Vous me permettrez de ne pas commenter des déclarations de M. Ducarme.

Ceux qui spéculent sur le prochain gouvernement pour obtenir plus et qui refusent aujour- d'hui des contrats-programmes ont-ils tort?

Ils font une erreur tragique. Ils nous enlèvent certes une épine hors du pied, mais ils doivent savoir que le refinancement de la Culture a eu lieu et que les années à venir seront difficiles.

La Communauté pourrait s'endetter?

Pas question. Nous sommes en train de nous désendetter. Je lis les déclarations d'Yves Leterme, président du CD&V, on va vers un automne communautaire chaud. Je ne veux pas que les francophones y soient en mendiants.

Que penser de l'ORW qui a cru aux promesses de MM. Miller et Ducarme? Y a-t-il eu trop de promesses?

Evidemment qu'on a promis trop de choses qu'on ne savait pas tenir. J'avais mis en garde les ministres.

Et l'ORW?

C'est l'institution qui dispose du plus de moyens et nous venons encore de reprendre ses dettes pour 1,67 million d'euros. On verra ce qu'on peut faire avec la Loterie. Si on étalait leurs chiffres, plusieurs opérateurs estimeraient - et pas à tort - qu'ils sont défavorisés par rapport à l'ORW.

Que ferez-vous si le conseil d'administration de l'ORW refuse de se soumettre à votre contrat-programme?

J'en appelle à leur civisme. Où irions-nous si les opérateurs crevaient leurs plafonds! Je dois rendre hommage aux dirigeants de Charleroi/Danses qui, avant que je ne devienne le président de l'institution, avaient maintenu un budget en équilibre, aussi pénible que cela soit.

Charleroi/Danses ne peut garder la Raffinerie dans le cadre des budgets actuels...?

Ils doivent garder la Raffinerie, indispensable pour conserver un volet bruxellois à une institution de la Communauté. Je vois avec le ministre Dupont, chargé des infrastructures, si une aide est possible.

Mais la culture crie famine.

On est habitué avec le secteur culturel: une fois que le tiroir- caisse a fonctionné, il devient amnésique. Dois-je rappeler qu'on a construit le Mac's, et pour un milliard de francs un nouveau Théâtre National?

Le problème est plutôt l'éparpillement des compétences et le nombre des ministres.

Cela rend la cohérence plus difficile, il est vrai, mais ça n'a pas coûté car toutes les décisions passaient en conseil des ministres. Le problème de l'éparpillement est ailleurs. Nous avons en Wallonie plus de théâtres et de centres culturels au kilomètre carré que partout ailleurs. Et c'est normal. La Wallonie est faite de petites villes distantes les uns des autres et ses habitants peuvent aussi bénéficier d'une offre culturelle. Mais il faudra arrêter cela.

D'autant que chaque ministre a tenu à aider son coin: Miller à Mons, Demotte dans le pays des collines, et vous-même en aidant le festival de Silly, etc.

(S'emportant) C'est de la démagogie de dire cela. Cela a coûté un million par an pour un chapiteau à Silly qui attire des milliers de personnes, alors qu'il y a des théâtres à Bruxelles qui touchent 25 millions de francs pour moins de mille spectateurs.

Il faut faire des choix, couper des branches mortes?

J'avais dit aux dirigeants du National de réfléchir avant de décider d'un nouveau théâtre. Je n'ai reçu aucune plainte d'un spectateur sur le Pathé Palace, mais ils ont fait le choix d'un nouveau théâtre. Il est vrai qu'en danse, il est hallucinant d'aider 47 compagnies de danse. Mais nous avons essayé à Charleroi/Danses de sélectionner quelques projets seulement. En réalité, il manque une politique de l'évaluation. Nous avons arrêté pendant cette législature 2 ou 3 contrats-programmes et chaque fois, j'ai reçu des lettres menaçantes. Il va falloir faire un audit sur le fonctionnement interne et administratif de ces grandes institutions. Pour l'avenir, je plaide pour moins d'argent pour les briques et plus pour l'entretien de ce patrimoine. Nous formons de très nombreux artistes, mais, c'est comme pour la surconsommation médicale, il ne faut pas nécessairement que chacun trouve un financement. Un vaste débat sera nécessaire autour de tout cela.

Elio Di Rupo a promis un million d'euros avant juin pour la commission de sélection du film.

Le ministre Chastel n'a pas un franc. Daerden peut-il inventer un budget? Ou il peut prendre sur les universités? Pour l'instant, il n'y a rien. Je voudrais ajouter qu'on a dit que de l'argent du refinancement allait vers l'assurance-dépendance. Mais elle n'existe plus. J'ai, entre autres, utilisé cet argent pour financer l'aide à la presse, ce qui aide aussi les chaînes TV, et pour le plan Magellan de la RTBF. C'est aussi de la culture cela.

© La Libre Belgique 2004