ORW: Grinda en appelle à la «moralité»

L'ORW est face à une grave crise budgétaire. Son directeur, Jean-Louis Grinda, appuyé par un conseil d'administration unanime a planifié les années à venir sur base d'un contrat-programme dont les montants avaient été promis par les ministres successifs des Arts de la scène: Richard Miller et Daniel Ducarme. Mais leur successeur Olivier Chastel a trouvé les caisses vides et ne peut promettre qu'une indexation des montants actuels.

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GUY DUPLAT

ENTRETIEN

L'ORW est face à une grave crise budgétaire. Son directeur, Jean-Louis Grinda, appuyé par un conseil d'administration unanime a planifié les années à venir sur base d'un contrat-programme dont les montants avaient été promis par les ministres successifs des Arts de la scène: Richard Miller et Daniel Ducarme. Mais leur successeur Olivier Chastel a trouvé les caisses vides et ne peut promettre qu'une indexation des montants actuels. La différence se chiffrerait à plusieurs millions d'euros sur les cinq ans du contrat-programme. Chastel est soutenu par le ministre-président Hervé Hasquin qui parlait en termes très carrés, dans «La Libre», il y a dix jours. Pas question pour lui de donner davantage. Si l'ORW étalait ses subsides cela rendrait d'autres, jaloux, ajoutait-il, précisant qu'il venait encore d'accorder une subvention d'1,67 million d'euros pour apurer des dettes. Hasquin en appelait au civisme du C.A. afin que celui-ci accepte l'austérité. Jean-Louis Grinda réagit vivement dans «La Libre» en espérant «un sursaut du monde politique».

Vous vous êtes basé sur de simples promesses. Dangereux?

Qu'on arrête de dire n'importe quoi. Le CA unanime a rejeté ces propositions de M. Chastel car elles étaient extrêmement éloignées de ce qui avait été présenté devant le même conseil, en octobre dernier, par Laurent Kubla, le chef de cabinet de MM. Ducarme et Chastel. C'est autre chose que de simples promesses, c'était un début d'exécution! Et que M. Hasquin ne me dise plus qu'il découvre la situation. J'ai ici, une farde pleine de copies de lettres qui lui ont été envoyées par les cabinets et par le conseil et qui expliquent bien le dossier. Qu'on ne dise pas non plus que la situation a changé entre octobre 2003 et mars 2004. Que dirait-on de moi si je n'honorais pas des contrats que j'avais signés trois mois auparavant!

Hervé Hasquin dit qu'il vient encore d'accorder 1,67 million d'euros pour combler des dettes?

Depuis 1996, lorsque j'ai repris l'opéra, celui-ci n'a fait que des bénéfices, mais il avait hérité d'un déficit cumulé. Un plan avait été mis au point pour le combler avec l'aide de la loterie, mais celle-ci n'a pas rempli ses obligations. Le montant dont parle Hasquin ne sert qu'à combler ce déficit ancien dont je ne suis nullement responsable. Il félicite les dirigeants de Charleroi/Danses pour leur gestion rigoureuse. J'aurais voulu qu'il me félicite aussi. Il parle de la nécessité de réaliser des audits des grandes institutions: je ne demande pas mieux, ayant moi-même proposé à Miller de venir défendre mes comptes devant le Parlement. Mais autant je suis d'accord avec cela, autant je suis attristé d'entendre que d'autres institutions seraient défavorisées par rapport à l'ORW. C'est mesquin de vouloir opposer les uns aux autres. Je ne rappelle même pas que le budget de l'ORW n'est que la moitié du budget de l'opéra flamand et un tiers de celui de la Monnaie. Je dirai simplement que j'emploie 300 personnes, je fais travailler 600 artistes et 500 fournisseurs. Pousser les uns contre les autres, sont des arguments de seconde zone. C'est dangereux de susciter les sous-nationalismes comme cela.

Que fera le conseil d'administration si le gouvernement - comme on le pense - confirme sa décision ce mercredi?

Il se réunira directement. Je suis consterné de lire qu'Hasquin en appelle au «civisme» des administrateurs alors qu'il y a parmi eux d'anciens ministres. J'ose espérer que ses propos ont dépassé sa pensée car moi, j'en appelle à la «moralité» du gouvernement. Je ne demande aucun traitement de faveur. Mais la moralité consiste à respecter ses engagements. Si on décide de ne plus avoir d'opéra qu'on le dise ouvertement et qu'on en tire directement les conséquences. Si on accepte les propos d'Hasquin, la catastrophe ne sera peut-être pas immédiate, mais je peux déjà vous dire qu'avec Grinda ou un autre, il n'y aurait plus d'après à l'ORW. Je ne veux pas qu'on me prenne pour un imbécile.

© La Libre Belgique 2004