Le National très accessible

Bernard Falaise, 31 ans, ne peut plus se passer de son fauteuil roulant depuis un accident, il y a 13 ans, qui a entraîné une paraplégie. Ça ne l'empêche pas de fréquenter avec assiduité les théâtres - y compris côté coulisses -, ce qui l'oblige souvent, quand le lieu n'est pas accessible aux personnes à mobilité réduite, à recourir au système D: se faire porter par un copain.

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© de Tessières
SOPHIE LEBRUN

REPORTAGE

Bernard Falaise, 31 ans, ne peut plus se passer de son fauteuil roulant depuis un accident, il y a 13 ans, qui a entraîné une paraplégie. Ça ne l'empêche pas de fréquenter avec assiduité les théâtres - y compris côté coulisses -, ce qui l'oblige souvent, quand le lieu n'est pas accessible aux personnes à mobilité réduite, à recourir au système D: se faire porter par un copain. Que ce soit pour rejoindre la salle, s'asseoir à la place de son choix, parvenir aux toilettes...

A quelques mois de l'ouverture du nouveau Théâtre national, superbe vaisseau de verre érigé boulevard Jacqmain à Bruxelles, il a «testé» l'accessibilité du bâtiment. Moins la foule et quelques éléments, comme la signalétique, qui doivent encore être installés. Un bâtiment pour lequel les architectes (Marc Lacour , Olivier Bastin, Pierre Van Assche et leurs associés respectifs) ont consulté une association de défense des personnes handicapées.

Pas de problème de parking ce lundi: une place réservée aux handicapés est située en face du théâtre, et une autre plus loin dans la rue - deux, ce n'est pas énorme, précise tout de même notre «guide». Et, par chance, elles ne sont pas usurpées. Bernard Falaise, accompagné de Sébastien, un copain qui l'accompagne aux spectacles, monte sur le trottoir sans souci, franchit la porte sans trop de difficulté. Jusque-là, ça roule.

«Pas de ségrégation»

Dans le grand hall d'entrée au sol légèrement incliné, c'est la main courante parallèle au guichet presse/VIP/handicapés qui attire son attention: située à un mètre du comptoir, elle forme une sorte de séparation avec le reste du hall. Utile, note Bernard Falaise:

«un soir de première, quand il y a du monde, les mouvements de foule peuvent être paniquants pour des personnes fragilisées. On peut «s'abriter» ici». Au rez-de-chaussée toujours, les sanitaires comportent, côté homme et côté femme, WC et éviers adaptés aux personnes handicapées.

Direction: grande salle. Trois espaces y sont prévus pour les personnes en fauteuil roulant: aux premiers rangs pour un grand groupe (car les sièges sont rétractables), sinon au dernier rang du parterre (auquel on accède par l'ascenseur) et, au même niveau, dans les allées latérales (où l'on peut démonter des sièges). «Formidable. Ça fait du bien, réagit Bernard Falaise. Au Palace- NdlR: bâtiment qu'occupe actuellement le National -, c'est la cata, il n'y a rien, pas d'ascenseur pour accéder à la salle.» Idem au Conservatoire de Liège où il a travaillé quatre ans. Au passage, il note que ce ne sont pas seulement les bâtiments anciens qui posent problème: «Au Théâtre de la Place à Liège, il n'y a pas une toilette pour handicapés. Au cinéma Kinepolis, on ne peut accéder qu'au premier rang.»

Bernard Falaise admire l'immense scène. «En plus, c'est accessible pour celui qui travaille dans le théâtre: on accède au plateau de plain-pied. C'est rare, indique-t-il en faisant virevolter sa chaise sur la scène. Il peut en témoigner, lui qui a été assistant à la mise en scène (pour Lorent Wanson, Jacques Delcuvellerie...). Dans d'autres théâtres, je devais faire tout un tour pour monter sur le plateau». Détail invisible: la salle est équipée d'une boucle d'induction, système d'écoute pour les personnes malentendantes.

Retour dans le hall, où l'on emprunte un ascenseur translucide pour accéder aux étages, puis des plans inclinés intégrés aux espaces publics. «C'est convivial, il y a une communauté de circulation, et non une ségrégation des personnes handicapées comme c'est parfois le cas quand on doit emprunter un itinéraire isolé, labyrinthique.»

«Encore au forceps»

Petite déception dans les foyers, par contre: les bars, très réussis au demeurant avec leur forme de nuages, ne comportent pas de tablette basse. Autre éventuel obstacle: une petite marche, dans la salle 2, à franchir pour accéder aux premiers rangs où pourront être installées les personnes en chaise.

Mis à part cela, et un nombre réduit de WC adaptés (trois), ajoute-t-il, le constat de Bernard Falaise est positif:

«la salle est très bien équipée». «Globalement, les choses bougent, même si, en Communauté française, on est encore dans la phase où l'accès se concrétise souvent au forceps, où il n'est pas évident. C'est plus le cas en Flandre, aux Pays-Bas, en Allemagne» prolonge-t-il.

Et de citer en exemples d'autres théâtres accessibles: Varia, Tanneurs, Théâtre de Namur. Et d'autres où un effort est annoncé: Balsamine, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Parfois, il manque si peu de choses: «la bibliothèque de la Bellonne est très bien... sauf une marche à l'entrée».

© La Libre Belgique 2004