Un nouvel été sous intermittence

C'était le 26 juin 2003. A l'Unedic - l'organisme qui, en France, gère l'assurance chômage -, malgré une ultime mise en garde sous forme d'une grande pétition publiée dans les journaux, signée par 300 personnalités du cinéma, trois syndicats minoritaires et le patronat réformaient le régime d'assurance chômage des intermittents du spectacle, lourdement déficitaire, et sabraient dans les modalités d'indemnisation des artistes.

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BERNARD DELATTRE

CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS

C'était le 26 juin 2003. A l'Unedic - l'organisme qui, en France, gère l'assurance chômage -, malgré une ultime mise en garde sous forme d'une grande pétition publiée dans les journaux, signée par 300 personnalités du cinéma, trois syndicats minoritaires et le patronat réformaient le régime d'assurance chômage des intermittents du spectacle, lourdement déficitaire, et sabraient dans les modalités d'indemnisation des artistes.

«On va tout faire sauter!», s'insurgeait la CGT, qui promettait «bon courage au ministre de la Culture Aillagon pour ses déplacements cet été». Et de fait, à partir de cette date, le milieu français de la culture était entré en ébullition. Manifestations, pétitions, recours en justice à répétition, occupations de théâtres, de centres culturels ou d'administrations, invasions de plateaux de télévision: très vite, le débat s'était raidi. Et il avait abouti à la catastrophe de l'été 2003, marqué par la perturbation et l'annulation de dizaines de festivals, dont le célèbre festival d'Avignon lui-même.

Un an plus tard, jour pour jour, où en est-on?

Raffarin sous pression

Jean-Jacques Aillagon, pourtant un proche du président Chirac, a été remplacé au gouvernement par le plus lisse Renaud Donnedieu de Vabres, Jean-Pierre Raffarin en personne ayant été sommé par le chef de l'Etat d'adoucir les aspects les plus douloureux de la réforme. Mais le protocole du 26 juin 2003 n'a jamais été abrogé. Et ce week-end, les coordinations d'intermittents décideront de la forme concrète que prendra cet été la suite de leur mobilisation. A Avignon, il y a quelques jours, elles ont déjà lancé un avertissement. «Rien n'est réglé. La lutte continue. Nos actions ne connaîtront pas de pause. Nous restons mobilisés et serons présents partout cet été pour porter nos propositions et dire notre refus de la casse des droits sociaux».

Dès lors, à l'instar de l'été 2003, l'été culturel 2004 sera placé sous le signe de l'intermittence. Mais, comme l'an dernier, sera-t-il sinistré? Probablement pas - sauf surprise de taille, en tout cas.

Les intermittents le savent: de nombreux festivals sortis financièrement exsangues de la saison dernière sombreraient corps et biens après un deuxième été annulé, entraînant sans doute avec eux le relatif capital de sympathie dont jouit le mouvement dans l'opinion. Surtout, le gouvernement a mis de l'eau dans son vin (rétablissement de l'indemnisation versée aux artistes en congé de maternité, création d'un fonds d'aide aux exclus du régime, etc.). Il a aussi fait des promesses (chasse aux abus dans l'audiovisuel, élaboration d'un nouveau système d'indemnisation, etc.). Certes, le «climat de confiance et de réconciliation» est loin d'être rétabli, comme le prétend le ministre Donnedieu. L'été des festivals ne sera donc pas démuni de tensions. La logique voudrait toutefois que les intermittents le mettent moins à profit pour faire la révolution que pour mettre le gouvernement sous pression.

© La Libre Belgique 2004