En attendant les états généraux

Sous la législature précédente, le secteur culturel fut plus que tout autre, chahuté: compétences tronçonnées, valse des ministres, promesses non tenues, espoirs volatilisés, manifs, mots dénigrants... La tâche de la nouvelle ministre Fadila Laanan (PS) sera donc rude. Sa nomination remplit d'ores et déjà un des préalables demandé par tous: n'avoir plus qu'un seul ministre en charge de toute la culture et de l'audovisuel.

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GUY DUPLAT

ANALYSE

Sous la législature précédente, le secteur culturel fut plus que tout autre, chahuté: compétences tronçonnées, valse des ministres, promesses non tenues, espoirs volatilisés, manifs, mots dénigrants... La tâche de la nouvelle ministre Fadila Laanan (PS) sera donc rude. Sa nomination remplit d'ores et déjà un des préalables demandé par tous: n'avoir plus qu'un seul ministre en charge de toute la culture et de l'audovisuel.

La seconde exigence - l'augmentation du budget culturel - reste en revanche encore dans les limbes. Aucun chiffre ne figure dans la longue déclaration gouvernementale concernant la culture (9 pages) même s'il est écrit - sans autre précision - que «la Communauté française mobilisera des moyens afin que la culture soit une priorité politique».

On sait que les perspectives budgétaires à la Communauté restent très préoccupantes au moins jusqu'en 2007, voire 2010, «ou encore plus tard», précise quelqu'un qui suit de près les budgets. D'autre part, l'enseignement - priorité première de la nouvelle majorité - risque de mobiliser l'essentiel des moyens disponibles. Il faut donc craindre que beaucoup des belles intentions alignées dans le texte gouvernemental ne se heurtent au mur bétonné des réalités budgétaires.

Les vrais choix reportés

La nouvelle majorité botte en touche en demandant - à juste titre - la collaboration des autres pouvoirs dans une revalorisation de la culture: aide des régions pour le transport des élèves vers des lieux culturels, aide des régions pour la promotion du patrimoine, renforcement des dépenses culturelles des communes et provinces, mesures fiscales, création d'un «fonds d'accès à la culture» par le transfert d'1pc de la TVA sur les billets d'entrée des spectacles, demande à l'Europe d'une baisse de la TVA sur les disques, obligation pour les régions de consacrer à une oeuvre d'art 1pc de tout investissement public ou privé (!) en matière d'infrastructure supérieur à un million d'euros, nouvelle politique de l'architecture (dans la foulée du récent «Livre blanc») imposant concours et procédures ouvertes dans le choix des projets, appel à la Loterie nationale (la «cassette» des ministres) pour un «fonds aux initiatives émergentes», etc. Cette longue liste ne reprend que des projets qu'il faut encore concrétiser. Mais ces autres pouvoirs ont, eux aussi, de grandes difficultés budgétaires. Même s'ils participaient à l'effort culturel, cela ne résoudrait pas le problème: Daniel Ducarme avait parlé d'un doublement nécessaire de ce budget!

La question des vrais choix - ceux qui fâchent - est clairement renvoyée aux états généraux de la culture annoncés au printemps dernier dans «La Libre» par Elio Di Rupo et organisés l'automne prochain (lire ci-dessous). La déclaration gouvernementale ne dit rien des sujets chauds: le financement de l'ORW, les contrats-programmes, les cris de détresse du théâtre de la Place, du Théâtre National, le financement du Flagey (qui menace de fermer), du KunstenFESTIVALdesArts, de la Raffinerie... Rien sur le financement du futur centre des arts contemporains Wielemans, rien sur les difficultés du Mac's. Des promesses vagues sur l'augmentation du budget de la commission de sélection du film. Le report est particulièrement net pour les arts de la scène où on attendra non seulement les états généraux mais aussi «une large consultation au sein du comité de concertation des arts de la scène qui sera rapidement mis en place».

Priorité à l'accès à la culture

Si rien n'est dit sur les sujets délicats, la déclaration gouvernementale insiste par contre sur quelques thèmes nouveaux annoncés par Elio Di Rupo et confirmés par les premiers dires de la nouvelle ministre: à commencer par l'aide à l'accès à la culture par le plus grand nombre. On pense accroître les liens entre culture et école (initiative du ministre Dupont, PS), assurer une formation continuée des enseignants en matière culturelle, créer un «pass culture» pour les élèves, soutenir davantage l'«article 27» de tarifs préférentiels pour les plus démunis, instaurer l'accès gratuit aux musées un jour par mois. Un second point fort est celui de l'aide aux musiques non classiques (thème à la mode), avec l'équipement d'un «réseau de lieux de diffusion de capacité moyenne en Communauté française et un soutien accru aux artistes émergents, au secteur de l'édition musicale, labels et distributeurs, et aux organisateurs d'événements musicaux».

Pour le reste, on ne s'étonnera pas de retrouver à côté d'un volet important sur le livre d'autres points forts mis en avant par M. Di Rupo, tels que la transparence des aides accordées aux secteurs culturels «afin de clore les polémiques» et l'aide à Mons, «capitale culturelle européenne de la culture», en 2015. «Le gouvernement s'inscrira dans la préparation de cet événement», lit-on. Le chef de cabinet de la nouvelle ministre est d'ailleurs l'actuel chef de cabinet de Di Rupo à la ville de Mons.

© La Libre Belgique 2004