Ouverture en bananes pour Fadila

La ministre de la Culture, Fadila Laanan, a reçu son baptême du feu en ouvrant la première réunion des états généraux de la culture. Une délégation d'artistes et d'organisateurs des arts du cirque, des arts forains et des arts de la rue l'attendait de pied ferme au Botanique, à Bruxelles.

Guy Duplat
Ouverture en bananes pour Fadila
©Alexis Haulot

La ministre de la Culture, Fadila Laanan, a reçu son baptême du feu en ouvrant la première réunion des états généraux de la culture. Une délégation d'artistes et d'organisateurs des arts du cirque, des arts forains et des arts de la rue l'attendait de pied ferme au Botanique, à Bruxelles. De manière très ludique, ils voulaient indiquer que leur secteur est dans un triste état financier. Leurs subventions, disent-ils, ne couvrent que 0,8 pc du budget des arts de la scène et n'ont plus bougé depuis 5 ans. Pour réclamer de meilleurs subsides, ils invoquent les milliers de spectateurs qui viennent au festival de Chassepierre, aux spectacles de Feria musica et ailleurs. Pour animer leur manifestation, ils ont procédé, devant la ministre, à un suicide collectif en pointant sur leurs tempes... des bananes. La ministre reçut alors une baguette magique et une couronne de fée pour réveiller les morts, et elle s'est retrouvée avec un lot de bananes devant sa chaise.

Fadila Laanan a pu ainsi mesurer d'emblée la problématique du manque de moyens. Les idées de faire mieux avec le même argent, d'organiser des économies d'échelle, etc., ne suffiront pas. Tous les secteurs pourraient manifester de manière semblable. D'ailleurs, quelques moments plus tard, le secteur de la lecture publique (les bibliothèques) a aussi indiqué qu'il souffrait cruellement d'un manque de subsides.

Cette première réunion était a priori peu conflictuelle: une rencontre avec l'administration de la culture et avec les membres et présidents des différentes commissions d'avis. Elle fut cependant instructive, mettant en évidence ce qui pourrait revenir de manière récurrente.

1D'abord et revenons-y, la question des moyens. Le gouvernement de la Communauté ne prévoit pas de vrai refinancement de la culture et préfère botter en touche en parlant de solliciter les communes (qui investissent bien moins dans la culture que les communes flamandes), les régions, le fédéral (pour stimuler le sponsoring et le mécénat ou pour instaurer une taxe sur les entrées des cinémas en faveur de la culture). Mais rien ne dit - bien au contraire - que ces pouvoirs suppléeront les carences de la Communauté. Mercredi, des intervenants ont posé la question politique: y a-t-il en dehors de la ministre, une volonté politique de faire de la culture une priorité? Ou les états généraux seront-ils des débats entre culturels sans interpellation des autres pouvoirs et des autres ministres communautaires? Seront-ils une guerre des pauvres, se disputant des parts d'un gâteau trop petit?

2La question des délais. La ministre a déjà annoncé 24 rencontres thématiques (la danse le 18 janvier, le théâtre le 21 janvier, etc.). Suivies de rencontres «intersectorielles décentralisées», de rapports, de débats parlementaires. Tout le monde convient que cela prendra au moins un an et qu'il faudra encore en tirer les conséquences pratiques. En attendant, que fait-on? Fadila Laanan a répété qu'elle prendrait les décisions urgentes qui s'imposent mais qu'elle n'hypothéquerait pas l'avenir par de nouveaux projets avant la fin des états généraux. Où sera la limite entre un gel de toutes décisions, comme des acteurs culturels le ressentent déjà aujourd'hui, et une gestion prudente du budget culturel? En attendant, des dangers se précisent qui mériteraient une réaction a-t-on dit, comme la menace de voir démanteler la part culturelle de la deuxième chaîne de la RTBF (la deux), «ce serait dramatique».

3L'organisation pratique des rencontres. Chacun approuve l'idée de pouvoir s'exprimer, mais peut-on, par exemple, régler sérieusement le problème du théâtre en un débat de 3 heures comme il est prévu, où chacun parlerait comme il l'entend? Comment concilier l'exigence de ne pas traîner avec celle d'un débat qui aille au fond des problèmes? La réponse n'est pas encore bien claire.

© La Libre Belgique 2004

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