Controverse sur la «tabelle»

L'autre problème lié au prix du livre est celui de la «tabelle» : la différence entre le prix de vente du livre en Belgique et celui pratiqué en France. Elle se justifiait historiquement par les problèmes de change entre les deux pays mais, depuis la monnaie unique, pourquoi certains livres ont-ils un prix de 12pc en moyenne plus élevé qu'en France alors que d'autres éditeurs ne pratiquent pas la tabelle et proposent le même prix que chez nos voisins?

Claude Cherki, ex-directeur-général du Seuil, avait donné un point de vue très net à «La Libre» : «La tabelle, ce «surprix» pour les livres français en Belgique par rapport au prix français marqué sur le livre, est totalement absurde. Rien ne justifie une différence de prix. La tabelle peut exister en Suisse qui a une autre monnaie et pour lequel il y a des dédouanements à effectuer. Mais avec les Belges, c'est la même monnaie et il n'y a pas de douanes. Nous travaillons avec un grossiste belge comme avec les grossistes français et nous vendons nos livres aux libraires belges au prix où nous les vendons aux libraires français. Et globalement les libraires sérieux les vendent au prix facial en euro. Bruxelles est plus facile à livrer pour nous que Perpignan! C'est tellement le même marché que nous réfléchissons à ce que ce soit notre grossiste belge qui livrerait pour le nord de la France. La tabelle est un combat d'arrière-garde qui ne vise qu'à protéger les intérêts de filiales de grands groupes. C'est tout.»

Bernard Laduron, président de la commission des distributeurs de l'association des éditeurs belges, s'insurge depuis des années contre de telles opinions: « La Belgique a la chance de disposer d'un réseau de librairies très dense. Qui dit haute densité dit un nombre élevé de petites et moyennes librairies, disséminées sur tout le territoire. En revanche, la géographie française favorise l'implantation de grosses unités opérant sur des espaces de chalandises plus étendus. Le nombre d'exemplaires à distribuer dans chaque librairie belge est d'autant plus réduit, ce qui augmente évidemment les frais de distribution. Les coûts salariaux sont aussi nettement plus élevés en Belgique. Les politiques culturelles sont différentes. La réalité économique impose donc un prix de vente légèrement plus élevé en Belgique qu'en France. Les distributeurs refusent de s'inscrire brutalement dans une politique d'alignement aveugle sur les prix pratiqués dans l'hexagone, où les conditions économiques sont différentes. Un alignement forcené des prix entraînerait une diminution de 11pc de la marge des libraires et de 50 pc de celle des distributeurs. Les distributeurs devraient fermer leur entreprise ou délocaliser leur activité vers la France, mettant ainsi en péril quelque 650 emplois en Communauté Wallonie-Bruxelles.» (G.Dt)

© La Libre Belgique 2005