Combat pour la diversité culturelle

On dit que chaque jour une langue disparaît dans le monde. En Afrique, de nombreux pays passent les mêmes téléfilms brésiliens qui attirent le public comme un aimant, même si ces films véhiculent des archétypes purement hollywoodiens.

Guy Duplat

On dit que chaque jour une langue disparaît dans le monde. En Afrique, de nombreux pays passent les mêmes téléfilms brésiliens qui attirent le public comme un aimant, même si ces films véhiculent des archétypes purement hollywoodiens. Les superproductions américaines, les musiques poussées par les majors du disque déferlent sur le monde comme des rouleaux compresseurs, éliminant les cultures différentes. Comment, dans ces conditions, préserver encore la diversité des cultures? Comment permettre aux peuples de garder leur culture et leur histoire, une exigence indispensable pour éviter leur déracinement et leur basculement dans la violence? Le combat pour la diversité culturelle («l'exception culturelle») est mené depuis des années dans l'enceinte de l'Unesco. A plusieurs reprises, les pays du Sud ont dénoncé la mainmise de grandes entreprises sur la culture mondiale. Ce risque menace aussi nos pays. Car la culture est dans le collimateur de l'OMC (l'Organisation mondiale du commerce) et en Europe, dans le viseur de la directive Bolkestein. Si on n'y prend garde, la culture sera une pure activité économique comme les autres où les aides de l'Etat seront prohibées. Les majors américains pourraient porter plainte contre nos aides au cinéma, par exemple. Le combat de l'Unesco, auquel adhère notre pays, consiste à rédiger une nouvelle convention défendant la diversité culturelle et qui serait contraignante. Elle pourrait être opposée aux visées de l'OMC. L'Unesco devrait voter cette convention en octobre si les Etats-Unis, qui multiplient les pressions sur d'autres pays, ne bloquent pas le processus.

L'exemple du Québec est probant. L'imposition de quota sur la culture québécoise dans l'audiovisuel et la mise en place d'une politique culturelle volontariste ont pu développer une culture propre, malgré le voisinage de la puissance américaine. Ce vendredi, une «coalition belge francophone pour la protection et la promotion de la diversité culturelle» a organisé une matinée de lobbying au Parlement de la Communauté. On y a déployé «la charte de défense». De nombreuses associations y ont adhéré comme les sociétés d'auteurs (Sabam, Sacd, Scam) et les associations professionnelles (Fas, Pac, Pro Spere, association des gens de lettres). Le gouvernement de la Communauté a d'ailleurs mis cette défense culturelle à son programme. Mais le danger reste réel et la mobilisation indispensable, ont voulu souligner les intervenants lors de cette manifestation de sensibilisation.

© La Libre Belgique 2005