La Médiathèque remonte la pente

Les dernières années n'ont pas été roses pour la Médiathèque de la Communauté française (décentralisée en dix-sept centres de prêts), en matière de musique du moins. De 2001-2002 à 2003-2004, le nombre de prêts de CD a chuté de 19pc, alors que l'offre d'albums croissait de 5pc.

S.L.
La Médiathèque remonte la pente
©D.R.

Les dernières années n'ont pas été roses pour la Médiathèque de la Communauté française (décentralisée en dix-sept centres de prêts), en matière de musique du moins. De 2001-2002 à 2003-2004, le nombre de prêts de CD a chuté de 19pc, alors que l'offre d'albums croissait de 5pc. Les prêts «divers» (CD-Rom, jeux, vidéo documentaires, dias...) ont chuté de 30pc. Heureusement, le prêt de DVD a quant à lui augmenté de 221pc, avec une offre qui s'étoffe en continu (+130pc). Au cours de ces deux années d'activité, la Médiathèque a perdu 12pc de visiteurs. Le piratage électronique, qui permet la gratuité à domicile, a été pointé du doigt, mais aussi une législation contraignante, indique Jean-Marie Beauloye, directeur général: la Médiathèque devait attendre six mois avant de proposer au prêt une nouveauté. Elle n'a jamais respecté ce délai et, après négociation avec l'IFPI (International federation of the phonographic industry, regroupant les producteurs de musique en Belgique), il a été convenu que ce délai ne s'appliquerait qu'aux titres du top 50.

Mais depuis un an, la situation est plus favorable. «Le nombre de prêts se stabilise», se réjouit-on à la Médiathèque. Où l'on attribue ce statu quo aux actions en justice victorieuses contre le piratage, à la réduction du délai d'attente susmentionné à deux mois, et à une politique de communication renforcée à l'attention des 75000 membres de la Médiathèque, via une lettre d'information électronique.

Petits pas vers le numérique

L'arrivée de plates-formes de téléchargement payantes n'est pas pressentie comme une menace:

«elle rétablit des conditions de concurrence», indique Jean-Marie Beauloye, car la Médiathèque a des arguments à opposer à ces opérateurs: elle a dans ses collections 3,5 millions de plages musicales, là où la plate-forme la mieux achalandée en annonce 1,5 million; et la location d'un CD (une semaine) s'élève à 1,6 € alors que le téléchargement payant d'un album coûterait 14 €. N'empêche, il ne faut pas sous-estimer le potentiel de ces nouveaux opérateurs. Aux Etats-Unis, après un an de fonctionnement, ces plates-formes réalisent 2pc du marché des ventes de musique, notent les responsables de l'institution, et pourraient atteindre 17pc en 2009.

Pour ne pas rater le train du numérique, la Médiathèque se fixe plusieurs objectifs. Réduire la «fracture numérique», en améliorant l'accès aux nouvelles technologies (tout le monde ne possède pas Internet); un cyberespace a ainsi été installé à Braine-l'Alleud avec l'aide des pouvoirs locaux. Assurer une alternative à la diffusion «commerciale» pour ne pas qu'elle soit la seule à faire des choix en terme de contenus et de modalités de diffusion. Et valoriser, via Internet, des artistes belges francophones dits émergents. La Médiathèque va étudier la création d'un site de promotion de ces artistes qui ne trouvent pas de distributeur - tout en réalisant parfois de nombreux concerts.

Un festival sur le cerveau

Histoire d'aider nos artistes à se produire sur la place publique, la Médiathèque proposera en mars un festival pluridisciplinaire, en collaboration avec les Halles de Schaerbeek, centré sur le thème du cerveau,

«organe de la connaissance, des interactions avec les autres, de la convergence entre intellect et émotions», résume Pierre Hemptinne, coordonnateur. Au programme de cet événement culturel et scientifique auquel s'associe aussi l'ULB: des concerts (musique traditionnelle et moderne, branchée et expérimentale) et une conférence-débat avec Catherine Malabou, auteur de «Que faire de notre cerveau?» (Bayard, 2003).

La Médiathèque rappelle au passage que 17 «sélections thématiques» (phonographiques et filmographiques) tournent dans ses centres de prêts: Bollywood, Charlie Parker, la mondialisation, le cinéma coréen, les labels indépendants... C'est l'opération «A découvert».

© La Libre Belgique 2005